ORGANIC ARCHITECTURE
(1) Faire équipe avec la maison
Un nouveau départ
Chez Villes Vivantes, nous croyons fermement :
✼ que la maison a déjà connu, au cours de son histoire, mille formes qui ne se réduisent pas à celles que nous avons connues au 20e siècle ;
✼ qu’elle est aujourd’hui l’atome fondamental de l’ « urbanisme organique » que nous sommes en train de déployer afin de mieux aménager la France.
Si les habitants peuvent contribuer concrètement à la fabrique des territoires, c’est nécessairement à partir d’un objet sur lequel ils peuvent exercer une forme légitime de pouvoir, d’un objet « à eux ». Pouvoir de décider, pouvoir d’agir, d’adapter, de transformer ce qui vous appartient.
Cet objet, c’est donc « chez eux » : une parcelle, une maison, un jardin, un espace qu’ils vont arranger, aménager, planter, construire, reconfigurer, selon leurs besoins, leurs aspirations, leurs moyens et leur mode de vie. Une étape après l’autre, en mobilisant les compétences de différents professionnels.

L’ « architecture organique », ce n’est donc pas, dans notre conception, une architecture qui mime artificiellement les formes courbes ou plus ou moins aléatoires du vivant. Ce n’est pas, non plus, une œuvre construite par-dessus d’une cascade, ou au beau milieu d’une forêt.
C’est, plus fondamentalement, ce processus par lequel, grâce à un nouveau canal de distribution du service architectural, tout un chacun devient capable, étape par étape, d’aménager son propre espace de vie pour améliorer à la fois son confort propre, celui de ses proches ainsi que l’environnement bâti dans lequel il vit.
L’architecture organique est ce qui rend accessible à tous le sur-mesure, le personnalisé et le bien conçu ; à toutes les étapes de la vie.


La maison rêvée, boudée, déclarée morte
Les Français rêvent d’une maison. Depuis toujours. Et leur passion ne faiblit pas. Oui la maison est vieille comme le monde.
Mais son dernier avatar a produit sur notre sol des formes un peu répétitives, et surtout : tout l’étalement urbain du 20e siècle. Ce sont nos lotissements qui ont logé, à prix abordable, les familles, les actifs, les employés des fleurons français. Tout ceci a eu un prix : ce sont ces mêmes lotissements qui ont, petit à petit, grignoté nos terres naturelles et agricoles, en banalisant nos paysages.

De leur côté, les architectes et les urbanistes, eux, boudent la maison :
✼ seules 5 % des maisons sont aujourd’hui conçues par un architecte (le recours à l’architecte est obligatoire à partir de 150 m² de surface de plancher…) ;
✼ et vous ne verrez jamais aucun urbaniste, ni aucun paysagiste, revendiquer un lotissement parmi les pièces choisies de son book.
C’est comme si, pendant ces 70 dernières années, les familles françaises et les professionnels de l’aménagement du territoire avaient vécu dans deux mondes séparés. Plusieurs ministres du Logement (poussés par leurs administrations) n’ont pas hésité à annoncer aux Français, tout simplement, le décès de la maison : sa fin, sa disparition annoncée, son obsolescence soi-disant inévitable… Tout en continuant, bien sûr, à habiter, eux-mêmes, dans une maison…

... puis ressuscitée !
Beaucoup ont confondu, en réalité,
✼ le ZAN : le Zéro Artificialisation Nette de la loi Climat et Résilience de 2021, qui implique la fin des lotissements en extension urbaine tels que nous les avons connus, ce qui est plutôt une bonne chose pour nos paysages, pour la biodiversité, mais aussi pour nos temps de trajet quotidiens et la réduction de nos émissions de carbone ;
✼ avec la fin de la « maison » elle-même : l’idée qu’une famille peut vivre dans un espace à elle et jouir d’un jardin, un espace qu’elle peut décider, simplement, d’agrandir, d’ajuster, en fonction de ses besoins et ses rêves.
Les personnes qui ont condamné la maison parce que l’étalement urbain doit s’arrêter ont jeté le bébé avec l’eau du bain. Pour certains, par ignorance, pour d’autres, parce qu’ils n’ont jamais vraiment apprécié, peut-être, l’idée d’une maison populaire, accessible à tous les Français, et les modes de vie qu’elle permet.
Chez Villes Vivantes, nous pensons que la maison a un rôle fondamental a jouer pour l’avenir du pays.
Nos opérations BIMBY, BUNTI et BAMBA le démontrent tous les jours : si nous voulons loger les Français là où ils ont le besoin ou le désir de vivre, à un prix abordable, avec un jardin pour ceux qui le souhaitent, en densifiant l’existant, sans recourir à un modèle économique qui ruinerait les finances publiques, nous pouvons et nous devons faire équipe avec la maison.
Voici comment, en 7 points :
- Faire équipe avec la famille
- Faire équipe avec 15 millions de voisins
- Faire équipe avec l’habitant maître d’ouvrage
- Faire équipe avec la filière courte du logement
- Faire équipe avec le village
- Faire équipe avec le foyer
- Faire équipe avec le rêve des Français


1. Faire équipe avec la famille
Décider de faire équipe avec la maison, c’est tout d’abord décider de faire équipe avec la « famille », au sens classique du terme mais aussi, plus spécifiquement, au sens de ce que l’Insee appelle un « ménage » : un ensemble de personnes, parfois une seule, partageant le même toit.
Ce ménage, cette « famille », c’est le cercle restreint qui permet de décider, assez simplement, de rénover, d’isoler, de climatiser, d’agrandir, de surélever, de rénover, de reconfigurer, de subdiviser, de planter et de jardiner, selon les besoins, par étape, à l’occasion d’évènements personnels, familiaux, et même de changements climatiques.
La famille est l’unité de gouvernance « distribuée » (non centralisée) qui rend possible :
✼ l’ « urbanisme organique » : décider de déménager, emménager, faire construire, rénover, diviser… et ainsi, contribuer à la fabrique incrémentale des territoires ;
✼ mais aussi, plus finement, l’ « architecture organique » : décider de planter, jardiner, agrandir, surélever, aménager, subdiviser, louer, climatiser, décorer… c’est-à-dire toutes ces micro actions qui donnent une forme et un fonctionnement à l’habitat de chacun.

Propriétaire de sa maison, et plus agile architecturalement, la famille est plus libre :
✼ Lorsqu’un petit nouveau pointera le bout de son nez, la famille pourra agrandir et faire une chambre en plus.
✼ Lorsque Madame se mettra à son compte, la famille pourra agrandir et créer un espace confortable de télétravail.
✼ Lorsque mamie prendra de l’âge, la famille pourra lui construire un petit plain-pied dans le jardin, et ne pas l’envoyer en maison de retraite.
✼ Lorsque Monsieur décidera de lever le pied après le départ des enfants, il pourra planter, jardiner, et se mettre à cultiver le jardin, et fournir toute la famille en tomates et en confitures.

La maison occupée par son propriétaire est l’archétype de l’habitat adaptable dont nous avons besoin en cette période de grand bouleversement sociologique (vieillissement, décohabitations, enjeux de relance de la natalité, mutation du travail et de l’économie), géographique (recomposition des espaces en croissance et en décroissance) et climatique (réchauffement, sécheresses, inondations, perturbations et modification des climats).
C’est cette unité de gouvernance qui, non soumise à la complexité de la délibération en copropriété, assure que l’adaptation de nos bâtiments ne soit pas ingouvernable mais qu’elle puisse, au contraire, se déployer dans l’ensemble du parc de façon fluide, organique, en épousant les besoins et les moyens de chacun de ses habitants, au jour le jour, avec l’aide de la collectivité.
La maison, sa parcelle, son jardin, et le droit de propriété qui les fonde, sont l’une des clés de la robustesse des territoires, de leur capacité d’adaptation et de résistance à des chocs, de réaction à des évènements, parce qu’elles sont l’infrastructure matérielle et domestique de la bonne distribution des responsabilités, des décisions de faire, puis de la conduite des projets.


2. Faire équipe avec 15 millions de voisins
Faire équipe avec la maison, c’est ensuite faire équipe avec les 15 millions de ménages propriétaires des quelque 20 millions de maisons que compte aujourd’hui notre pays.
Ces propriétaires, ces familles, sont libres :
✼ d’investir et de construire à nouveau sur leur parcelle, pour créer de nouveaux logements par extension, subdivision et/ou surélévation,
✼ mais également de céder un bout de jardin à un autre particulier qui y fera bâtir sa propre maison.

En partageant leurs jardins, et en décidant de prendre de nouveaux voisins, ces millions de familles sont, d’ores-et-déjà, le premier producteur de terrains à bâtir de France : elles ont, entre leurs mains, une abondance potentielle, organique, de terrains à bâtir déjà branchés aux voiries et aux réseaux, une abondance de terrains situés en zone déjà urbanisée, une abondance de micro-fonciers à bâtir dont nous avons besoin pour faire baisser le prix du terrain et, partant, du coût final du logement.
3. Faire équipe avec l’habitant maître d’ouvrage
Faire équipe avec la maison c’est, ensuite, faire équipe avec le modèle économique le plus abordable de la production de logement en France : l’auto-promotion.
Faire construire sa maison (c’est l’habitant qui est le maître d’ouvrage de son projet, et non pas un maître d’ouvrage délégué, c’est-à-dire un promoteur) permet non seulement de concevoir son projet au plus juste, en fonction de ses besoins propres et personnels, mais également d’économiser entre 500 et 1 500 € par mètre carré construit, soit jusqu’à 200 000 € de moins, pour une maison familiale, qu’avec le modèle économique de la promotion.
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Ces 50 dernières années, l’habitant maître d’ouvrage a produit, en autopromotion, entre 30 et 50% de la production totale de logements en France, essentiellement le logement familial abordable : 85% des maisons en France sont construites en autopromotion, et 15% en individuel groupé, par des promoteurs ou des bailleurs sociaux.
Pour que le ZAN ne signe pas l’extinction progressive du modèle abordable de l’autopromotion, nous devons nous allier avec l’habitant maître d’ouvrage et créer les conditions pour qu’il puisse opérer, dorénavant, en densification douce et organique plutôt qu’en extension urbaine. C’est tout l’objet des opérations BIMBY et BAMBA développées par Villes Vivantes.

4. Faire équipe avec la filière courte du logement
Faire équipe avec la maison c’est, concrètement, faire équipe avec tous les acteurs de « la filière courte du logement » : constructeurs de maisons, maîtres d’œuvre, architectes, entreprises de construction et artisans, géomètres, agents immobiliers et notaires.
L’ensemble de ces professionnels déploient, partout en France, des territoires les plus tendus aux plus reculés, une industrie immobilière miniaturisée, capable de produire
- du sur-mesure,
- à la demande,
- et à l’unité.
Ils sont les seuls à pouvoir intervenir dans les millions de micro-fonciers qui sont aujourd’hui disponibles en abondance dans les parcelles déjà bâties.
Contrairement aux grands opérateurs nationaux, ces acteurs sont très majoritairement composés de petites et moyennes entreprises locales, aux rayons d’action restreint, qui opèrent quelques dizaines ou centaines de projets chaque année.
Ils constituent, sur l’ensemble du territoire national, le savoir-faire, la compétence, l’esprit d’entreprise, le vivier local et organique dont les projets portés par les habitants ont fondamentalement besoin pour être concrétisés.
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5. Faire équipe avec le village
Faire équipe avec la maison c’est, plus profondément, faire équipe avec le modèle du village : non pas en imitant le pittoresque de la carte postale, mais en réactivant ce processus parcellaire, incrémental, qui aboutit par étapes à des morphologies et des densités qu’on peut qualifier de « villageoises » : éclectiques, adaptables et évolutives.
Des formes urbaines dans lesquelles les Français, mais aussi tous les habitants de la planète, reconnaissent l’identité de chaque territoire, ainsi que cette « échelle humaine » à laquelle ils aspirent pour leur vie quotidienne.

Aujourd’hui, les plus grandes métropoles du monde comme Tokyo (40 millions d’habitants), Jakarta (35 millions) ou encore Ho Chi Minh City (14 millions) et Hanoï (10 millions) se développent très largement par la maison individuelle villageoise, essentiellement construite en autopromotion.
Si la forme du village convient parfaitement à nos territoires ruraux, nos petites villes et villes moyennes, c’est aussi comme cela, en large partie, que les grandes villes françaises pourront conjuguer puissance économique et industrielle, grands équipements, services, mobilités douces et décarbonées, à une offre organique de logements abordables et confortables, avec jardins, une offre compatible avec la formation d’un projet familial. Aujourd’hui, le lien entre la maison et la grande ville et les grandes ambitions nationales, paradoxalement : c’est le village.
La maison contient en germe le village, lequel contient en germe la ville, laquelle contient en germe la puissance d’un pays.


6. Faire équipe avec le foyer
On oppose parfois l’espace domestique du foyer, son intimité et son caractère privé, à l’État et sa volonté de puissance.
C'est une erreur : les forces vives dont la France dépend pour se relancer économiquement, pour se réindustrialiser, mais aussi pour faire rayonner sa culture, ont besoin d’un espace propre, à soi, privé, dans lequel se ressourcer.
Pouvoir contribuer avec force au projet collectif demande une base personnelle solide. Une maison pour élever ses enfants, un jardin qu'on peut planter, arranger, agrandir : c'en est une.
Les millions de foyers français qui peuvent jouir librement d’un espace propre, confortable, et privé, c’est cela la première infrastructure de la puissance productive de la France.


7. Faire équipe avec le rêve des Français
Décider de faire équipe avec la maison c'est, enfin, faire équipe avec le rêve de chacun : rêve de liberté, rêve d'un jardin à soi, d'un potager, d'une piscine, ou encore tout simplement, de voir jouer ses enfants par la fenêtre de la cuisine.
Décider de faire équipe avec la maison, c'est donc entraîner toute la fabrique des territoires du côté du plaisir, de la réponse aux attentes profondes de chaque individu.
C'est de ce côté-là, croyons-nous, qu'il faut chercher un modèle économique viable — pour la collectivité, pour les Français, pour les opérateurs. Un modèle qui fasse monter en gamme chaque territoire. Un modèle qui déploie la conception architecturale sur toute la production du cadre de vie bâti, et non plus sur une fraction.
Faisons en sorte que chaque logement soit conçu selon les besoins et les moyens de chacun, en harmonie avec chaque lieu. Que l'art de vivre à la française poursuive sa route, organique, qu'il nous permette de continuer à faire rayonner la France, à inspirer le monde entier comme le monde entier nous inspire.