ORGANIC URBANISM

(2) Faire équipe avec la nature

Faire la ville avec la nature

L'urbanisme organique est une méthode de fabrication de la ville fondée sur la construction progressive des territoires avec leurs habitants. C’est sa première définition.

Mais c’est aussi, plus largement, une façon de faire la ville avec la nature, selon la nature, pour la nature : selon cette conception, la ville et la nature ne sont pas des réalités disjointes. Le naturel et l’artificiel ne sont pas des mondes étrangers qu’il faudrait séparer, ou opposer : au contraire, la nature peut rendre la ville plus habitable ; et la ville, en réalité, est aussi ce qui rend la nature habitable.

Car qu’est-ce qu’une ville, si ce n’est un bout de nature devenu plus habitable qu’un autre ? Plus habitable grâce à ses rues, ses bâtiments, ses logements pour tous, mais aussi ses cours d'eau, ses parcs et ses jardins ?

Et même : qu’est-ce qu’un bout de nature « sauvage » si ce n’est un territoire inaccessible à l’homme ? Déserté par l’homme ? Ou tout simplement : épargné par l’homme parce, dans une très large mesure, les hommes ont décidé de vivre regroupés dans des hameaux, des villages et des villes ?

La densité de la morphologie urbaine et la richesse du vivant sont les deux faces d'un même processus : épargner et partager. Bâtir et planter. Habiter et jardiner. Construire et entretenir, une parcelle après l'autre.

C’est ce même processus de développement, à la fois naturel et artificiel,

✼ qui épargne la nature en formant des bourgs, des hameaux, des villages et des villes.

✼ et qui nous permet de vivre avec elle, là où nous avons décidé de vivre et de travailler, lorsque nous plantons et jardinons à mesure que nous nous regroupons.

Les villages-rues et les plantations de cocotiers de l'agglomération de Bến Tre, au Vietnam, 120 000 habitants. Naturel ? Artificiel ? Ou bien les deux à la fois ? Les catégories par lesquelles, d’en haut, nous pensons, planifions, régulons nos cadres de vie sont des outils trop simples, binaires et abstraits pour nous aider à saisir, comprendre, imaginer, organiser et finalement laisser advenir ce qui donne vie aux territoires que nous habitons : l’action, le travail et l’art des habitants, des bâtisseurs, des jardiniers, des cultivateurs, des commerçants…

Épargner la nature

Nous avons besoin de logements, de locaux d’activité et de bâtiments publics. Or chaque bâtiment doit bien être construit quelque part : sur une parcelle déjà bâtie, en zone déjà urbanisée, ou sur parcelle nouvelle qui grignotera les terres jusqu’ici préservées.

Densifier l'existant, plutôt que s'étaler, c'est épargner tout autour :

✼ les terres agricoles qui nourrissent les villes ;

✼ les sols naturels, que rien ne reconstitue à l'échelle d'une vie humaine ;

✼ les grands espaces continus où les espèces sauvages circulent ;

✼ les forêts, les prairies et les zones humides, qui retiennent l'eau et stockent le carbone.

Densifier un lieu, c'est protéger tous les autres. La première manière de faire la ville avec la nature, pour la nature, selon la nature, c’est donc de regrouper l'habitat en ville pour épargner les milieux naturels : ce que les écologues nomment le land sparing.

La France découpée en carreaux de 1km x 1km. Les carrés verts sont inhabités : personne n’y réside. 37% des carreaux du territoire national sont inhabités (INSEE, 2017)

Partager la ville

C’est sans doute contre-intuitif aujourd’hui, mais le regroupement de l’habitat, sa concentration spatiale, ce qu’on appelle la densification urbaine, ne sont pas incompatibles avec l’augmentation de la présence de la nature en ville.

La seconde manière de faire la ville avec la nature, c’est de l'accueillir dans nos villes, non pas pour chasser l’homme et son habitat mais pour cohabiter avec elle.

La nature en ville vit en milieu contraint. Elle a besoin d’être protégée, arrosée, parfois soignée chaque jour. Elle s’épanouit lorsqu’elle est laissée libre, là où on ne l’attend pas. Mais aussi lorsqu’on lui fait une place, lorsqu’elle est jardinée, taillée, entretenue. Il lui faut de la lumière, de l’eau, de l’ombre, et des jardiniers.

Nous plantons des arbres pour nous faire de l'ombre, mais ils en ont besoin autant que nous. Opposer densité, compacité et nature, c'est poser la mauvaise question. L'îlot de chaleur urbain oppose à tort ville artificielle et campagne naturelle : cet indicateur mesure un écart de température entre deux catégories, pas le confort réel des habitants, et il nous égare sur les vrais leviers du confort thermique et de l'adaptation climatique. La ville dense et compacte peut créer l'ombre qui protège le vivant. C'est un enjeu de conception, de mise en œuvre et de maintenance — pas un choix simpliste entre béton et verdure.

Plus les jardiniers seront nombreux, plus ils seront divers dans leurs pratiques, mieux la nature en ville se portera. Car la richesse de la nature en ville est moins fonction de la surface qu'on lui accorde que du morcellement qui partage l’espace qu’on lui donne : une mosaïque de mille petits jardins, tous différents, vaut mieux qu'un grand espace entretenu d'une seule main.

Partager une grande parcelle pour y construire un nouveau logement, ce n'est donc pas nuire à la nature : c'est contribuer à élargir la palette d’habitats et accueillir des jardiniers supplémentaires qui pourront l’aider à prospérer en ville.

Densifier et jardiner sont les deux faces d’une même action : faire cohabiter finement le bâti et la nature pour créer notre cadre de vie à tous. C’est ce que les écologues nomment le land sharing.

Lège Cap Ferret. Il n’y a aucune raison sérieuse — écologique, technique, démocratique, ni du point de vue de la justice sociale — pour que chaque Français qui le souhaite ne puisse pas jouir d’un petit jardin à lui. Un sondage IFOP (février 2025)1 révèle que 67 % des Français seraient ravis de jouir d’un jardin de 200 m² ou moins. Ils sont même 24 % à considérer que 50 m² leur suffirait. En partageant les jardins des quelques 20 millions de maisons déjà bâties en France, nous pouvons faire en sorte que le jardin en ville cesse d’être un privilège.

Les principes fondateurs

✼ Regrouper l'habitat épargne la nature : à l'échelle d'un territoire, densifier un lieu préserve les sols et les milieux de tous les autres ;

✼ Partager la ville l'enrichit : dans le tissu dense, la richesse de la biodiversité tient au morcellement des parcelles, qui multiplie les jardins, les lisières et les milieux ;

✼ Le bâti soutient et protège la nature : les murs, les toits et les façades offrent des abris, de l'ombre et des appuis que la nature ne trouve pas ailleurs ; ils deviennent autant de milieux à part entière ;

✼ La nature, elle aussi, soutient et protège la ville : elle l’orne, la rafraîchit, contribue à la gestion l'eau de pluie, nourrit et soigne ceux qui l'habitent ;

✼ C'est l'entretien qui est la clé : plus que la surface ou le nombre d’arbres plantés, ce sont le soin et le nombre ainsi que la diversité des jardiniers actifs qui feront la richesse et la pérennité de la nature en ville.

Sakyō-ku (Kyoto), Japon, 165 000 habitants. Village ou forêt ?

Des micro-gestes qui font grandir la nature en ville

Pour faire la ville avec la nature, pour la nature, selon la nature, il faut rendre à chacun le pouvoir de la jardiner, geste après geste :

✼ un grand jardin qu'on partage entre plusieurs jardiniers ;

✼ une haie qui s’étire le long d'une nouvelle limite ;

✼ un sol que l'on rouvre ponctuellement au pied d'un mur ou d'un arbre ;

✼ une façade qu'on laisse à l'oiseau et à la grimpante ;

✼ des floraisons qu'on échelonne pour nourrir les insectes toute l'année,

✼ un patio que l’on construit et que l’on plante pour l’agrémenter et le rafraîchir.

Aix – Marseille – Provence Métropole, Villes Vivantes : une même parcelle peut être plus construite, plus habitée, plus jardinée, et donc plus verte en même temps. Densité bâtir et intensité du couvert végétal ne s’opposent pas, ce sont deux variables qui peuvent progresser ensemble.

Pris un à un, ces gestes sont minuscules. Mais à l'échelle d'un quartier, leur accumulation transforme une étendue de pelouse stérile et difficile à entretenir en une mosaïque de milieux riches, appartenant à mille jardiniers.

C'est ainsi que la nature s'est toujours installée dans les villes. Et c'est de cette manière que nos quartiers pavillonnaires, qui sont aujourd'hui des sortes de déserts verts, peuvent progressivement s’enrichir, une parcelle, une construction, une haie, une saison à la fois.

26 517 hectares de couvert végétal — arboré, arbustif, herbacé — recensés sur les parcelles résidentielles privées d'Aix-Marseille-Provence : c’est la somme du travail de tous les jardiniers. À densité bâtie égale, le décile le plus vert atteint 54 % de couvert arboré et arbustif, contre 26 % en moyenne. Le double. La marge ne tient pas à l'espace disponible : elle tient à l'action des jardiniers. Fichiers fonciers retraités du Cerema 2023 · LiDAR HD IGN 2021 · BD ORTHO IRC IGN · Traitement Villes Vivantes.

Plus de jardiniers, c’est plus de vie

La richesse d'une nature en ville ne se mesure pas à la surface qu'on lui laisse, mais au nombre et à la diversité de ceux qui la cultivent et produisent la mosaïque de milieux hétérogènes dont la nature à besoin. Il faut du monde pour s’occuper de la nature en ville.

Un jardin ressemble à celui qui l'entretient : son histoire, son métier, ses goûts, sa façon de faire. Deux voisins ne plantent jamais tout à fait la même chose et n’entretiennent jamais tout à fait de la même façon.

C'est pourquoi mille petits jardins, tenus par mille mains différentes, abritent une nature plus riche qu'un grand espace entretenu d'une seule main : là où l'un répète, les autres varient. Et chaque variation offre un abri, une fleur, une saison de plus à la petite faune.

Jardins familiaux & jardins privés : comment la division parcellaire démocratise l’accès au potager. « Il y a 10 ans, lorsqu’on avait une parcelle de 250 / 300 m² c’était la dernière à partir : personne n’en voulait car c’était jugé trop petit. Aujourd’hui c’est l’exact inverse : quand une parcelle de 300m² se libère, elle ne trouve plus preneur car elle est jugée trop grande ! Nous devons les diviser en deux parcelles de 150m² pour qu’elles intéressent les nouveaux jardiniers. »

Quand la nature et la ville s'acclimatent

On oppose d'instinct le bâti et la nature : le lierre lézarderait les murs, la ville étoufferait les arbres, la densité les assoifferait. Ces craintes décrivent des accidents, des erreurs parfois, mais certainement pas une fatalité.

Bien associés, le bâti et la nature peuvent se protéger l'un et l'autre.

Exposition Sud Ouest – Citronnier 4saisons. Dès le XIIIe siècle, des moines franciscains du couvent de Gargnano introduisent le citronnier sur les rives du lac de Garde, importé de la Riviera ligure. Pour cultiver ce fruitier hors de son aire climatique naturelle, ils le plantent adossé à des murs de pierre qui créent un microclimat. Orientés au sud ou au sud-est selon les sites, les murs emmagasinent la chaleur du jour et la restituent la nuit, tout en coupant les vents froids du nord-est.

Le bâti abrite la nature. Un mur, une toiture, une façade offrent à une faune et à une flore ce qu'elles ne trouvaient pas ailleurs. Des oiseaux nichent dans les anfractuosités, des chauves-souris se logent sous les toits, des plantes de milieu rocheux s'installent sur les façades. La ville n'imite pas la nature : elle invente des milieux qui n'existaient pas et qui peuvent l’accueillir.

Exposition Sud – Poirier. La conduite des poiriers en espalier est une tradition dans le nord et l'est de la France, où les hivers rigoureux rendent le mur indispensable pour fructifier. À Recques-sur-Hem (Pas-de-Calais) il existe deux poiriers remarquables — un Catillac sur le pignon, un Beurré Giffard le long de la façade — plantés en 1860 et 1900, sont encore taillés et récoltés (100 kg en 2025) par la cinquième génération de la même famille.

La nature protège le bâti en retour. Sur un mur sain, le lierre ne dégrade rien : il fait l'inverse. Il coupe le vent l'hiver, porte l'ombre l'été, tient à distance la pluie et la pollution. Un manteau qui protège le mur et le garde plus tempéré toute l'année. La plante rend service au bâti qui la porte.

Ce qui rafraîchit une rue c'est l'ombre, celle des arbres et des bâtiments réunis. L’ombre bâtie ne protège pas que les passants : elle protège aussi les arbres, dont beaucoup souffrent déjà de la chaleur. Ceux qu'on plante pour nous abriter ont aussi besoin d'être abrités.

Le bâti et la nature peuvent ne pas se disputer l'espace mais s'acclimater intelligemment l'un à l'autre. De façon organique. Mais ces alliances ne se produisent pas toutes seules : il faut les concevoir, les bâtir et les planter, et les entretenir. C'est de cette façon que la ville abrite la nature, et qu'en retour celle-ci lui rend bien plus que de la fraîcheur.

Des plantes grimpantes cultivées contre une façade sur une épaisseur de 30 à 35 cm peuvent abaisser la température de surface jusqu'au niveau de la température de l'air ambiant, voire légèrement en dessous. La façade de l'hôtel Raphaël, couverte depuis des décennies par des plantes grimpantes, est devenue un repère dans le paysage romain : un rideau de vigne vierge (Parthenocissus tricuspidata), de glycine (Wisteria sinensis.) et de bougainvillier (Bougainvillea glabra) qui change de couleur au fil des saisons habille ce bâtiment du XVIIème siècle.

Démultiplier les jardins pour accueillir, nourrir, soigner, émerveiller, rafraîchir…

La nature en ville n'est pas seulement belle à regarder. Un jardin, même petit, rend à ceux qui l'habitent et le cultivent des services concrets.

✼ Il nourrit : un potager de quelques mètres carrés, soigné dans le détail, donne plus qu'une grande parcelle qu'on peine à tenir.

✼ Il soigne : une vaste étude néerlandaise l'a établi sur près de 800 000 personnes : disposer d'un jardin privatif d'au moins 50 m² fait reculer la plupart des maladies courantes de 15 à 24%.

✼ Il émerveille : voir les saisons passer, un arbre fleurir, un oiseau nicher : ce qu'un jardin donne d'abord, c'est un ancrage dans le présent et un sentiment et d’appartenance à la nature.

✼ Il rafraîchit grâce à un arbre bien placé, une façade couverte de feuilles, un patio orné d’un bassin et de plantations…

Aucun de ces bienfaits n'exige de grands espaces. Ils exigent des jardins à taille humaine, nombreux, et cultivés. C'est pourquoi l'accès à un jardin privatif, en ville, ne devrait plus être un privilège : au vu de ce qu'il donne, le mettre à la portée du plus grand nombre est un objectif de santé publique.

Avant : un jardin de faubourg banal à Sotteville-lès-Rouen — allées en béton, pelouse dominante, un « désert vert » comme tant d'autres.
Après six ans de jardinage intensif et écologique menée par Joseph Chauffrey, la même parcelle de 150 m² produit 300 kg de fruits et légumes par an, sur seulement 45 m² réellement cultivés (30 m² de potager, 15 m² de fruitiers) — soit 6,7 kg par m² cultivé. Sa méthode : verticalité, successions rapides, densification, et un soin quotidien que seule une petite surface permet. Selon l'agronome Jean-Paul Thorez, c'est l'un des jardins les plus productifs au monde à ces latitudes.

Quatre méthodes, deux fois utiles à la nature

Depuis une quinzaine d'années, Villes Vivantes développe des méthodes pour mettre en œuvre l'urbanisme organique dans les territoires. Chacune de ces méthodes densifie l'existant et, du même geste, épargne la nature au-dehors comme elle contribue à l'enrichir au-dedans :

BIMBY : en partageant les grandes parcelles pavillonnaires, on ramène des jardiniers supplémentaires là où la pelouse est difficile à entretenir, on allonge les lisières et les haies. Et chaque logement bâti ici est un logement qui ne grignote pas les terres naturelles, forestières et agricoles.

BUNTI : adapter, végétaliser, reconfigurer et même transformer le bâti existant par des surélévations, des agrandissements, la création de balcons, de patios, de terrasses et de jardins de ville.

BAMBA : concevoir la parcelle, le projet de construction et le jardin d’un même mouvement, et ouvrir la voie du lotissement sur mesure, dont chaque lot est adapté à ses occupants, leurs pratiques et leurs capacités de jardinage.

BRAMBLE : concentrer l'habitat aux bons endroits, c'est libérer et préserver, ailleurs, les sols et les continuités dont la nature sauvage a besoin.

Tous ces modèles d’opération visent le même but : en ville, plus de diversité, plus d'hétérogénéité, plus d'intensité et plus de densité. Une parcelle à la fois, grâce à des projets sur mesure et adaptés aux besoins et aux aspirations de leurs futurs habitants.

Opération BAMBA conduite par Villes Vivantes à Clermont-Ferrand : les clôtures, les plantations et l'accompagnement en conception architecturale et paysagère sont inclus dans la vente des lots à bâtir. Chaque jardin est conçu sur mesure avec l'habitant qui va le faire vivre et le jardiner au quotidien. Le choix des végétaux, leur apport en matière de confort thermique à l'extérieur comme à l'intérieur du logement et l'organisation des usages extérieurs sont établis avec le jardinier pour que le jardin soit à sa mesure.

Une nature qui évolue, une ville qui s’adapte

La nature d'une ville n'est pas un décor qu'on installe une fois pour toutes : elle change avec le climat, et il faut changer avec elle. Les essences sur lesquelles nous comptons sont déjà en sursis : à Londres, une étude portant sur plus d'un million d'arbres a montré que trois sur quatre pourraient ne pas survivre au climat de la fin du siècle. Ce que nous plantons aujourd'hui vivra dans le climat de demain.

Aucun plan arrêté d'avance ne répond à une telle dérive. Seule y répond une attention continue, faite d'essais, d'erreurs et d'ajustements parcelle après parcelle, saison après saison.

Cet ajustement est à la portée de tous. Il ne demande pas de grands jardins mais des jardiniers plus nombreux, plus attentifs, inventifs et libres. Leur diversité ne fait pas qu'enrichir la ville : elle la rend robuste. Une nature entretenue de mille façons différentes devient plus résistante : qu'une maladie, une canicule ou une essence vienne à manquer, d'autres prendront le relais.

« Parmi les gagnants du changement climatique, il y aura les faciles à vivre, résistants au chaud, au sec, et peu exigeants question sol. L’Arbousier, Arbutus Unedo, est sur la liste, voué à monter avec la douceur des hivers, particulièrement sur toute notre façade maritime. A vrai dire, ce champion n’en est pas à sa première migration : sa distribution strictement méditerranéenne est entachée par une présence intrigante en Irlande, si historique qu’il y passe pour indigène, local quoi ! On a d’ailleurs pensé longtemps qu’il existait un Arbousier d’Irlande différent du nôtre, rescapé des glaciations, voir venu par migration (naturelle ou assistée)… »

L’urbanisme organique n’est ni un biomimétisme, ni un nouveau fonctionnalisme peint en vert

Pendant des siècles, nous avons su accueillir la nature en ville de façon organique, sans chercher à en faire un système ou des manières : on plantait un arbre pour son ombre, une vigne pour son fruit, une haie pour clore un jardin. L’époque moderne a rompu avec cette évidence de deux manières opposées.

D'un côté, on cherche à imiter la nature. L'architecture dite organique, puis le biomimétisme, veulent couvrir les villes de formes qui évoquent le vivant : façades ondulantes ou déstructurées, balcons arrondis, tours-forêts. Mais un immeuble en forme d'arbre n'est pas un arbre. Ces images rassurent l'œil sans nourrir un insecte ni rafraîchir une rue : elles donnent le décor de la nature, rarement la nature.

Nous voulons absolument tout contrôler, jusque dans chaque détail, mais nous devenons, dans le même temps, de plus en plus nostalgiques de ce que ce contrôle étouffe… la vie. Alors nous essayons de la faire revenir en la mimant : nous cassons les lignes trop droites, nous déboîtons les volumes, nous suspendons des terrasses dans le vide. Nous faisons couler un peu de verdure sur les façades, comme pour y laisser réapparaître quelque chose d’indocile, d’organique, qui aurait échappé au plan. Mais ce que nous avons sous les yeux, ce n’est pas la vie. C’en est la nostalgie, figée dans un simulacre.

De l'autre, on cherche à instrumentaliser la nature. La nature est devenue une affaire de chiffres au service d’une fonction : coefficient de pleine terre, pourcentage de surface végétalisée, nombre d'arbres plantés… et équivalents en climatiseurs. On chiffre, on mesure, on définit une utilité théorique qui ne dit rien de notre capacité réelle à accueillir faire prospérer la nature dans nos villes.

Son pouvoir de rafraîchissement est réel, mais conditionnel, fragile, et trop souvent surestimé dans le discours public. À force de l’idéaliser, on en oublie ses besoins concrets : la place et les soins à lui ménager pour qu’il tienne pleinement son rôle.

Imiter la nature, ou la compter : dans les deux cas, c’est la traiter comme un produit fini, comme une forme à reproduire, comme un dispositif simple.

L'urbanisme organique propose une troisième voie. Faire la ville avec la nature, ce n'est pas dessiner des formes qui lui ressemblent, ni aligner des chiffres qui mesurent ses performances : c'est créer et entretenir les conditions qui la font vivre, et confier ce soin au plus grand nombre.

Les recherches conduites à l’Université de Séville (Carmen Galán-Marín et al., 2020–2023) montrent que les patios andalous abaissent la température intérieure de 6,8 à 14,3 °C lors des épisodes de chaleur extrême. Un dispositif passif d’une efficacité exceptionnelle, et pourtant toujours très mal prédit par nos modèles numériques. Le patio n’a pas été dessiné d’après un calcul. Il n’a pas été inventé par un concepteur à l’occasion d’un projet. Il a été (littéralement) découvert bien avant que la microclimatologie n’apparaisse. Il est le fruit d’un patient et long processus de R&D distribuée, fondé sur des milliers de tests in situ : observer ce qui fonctionne, ajuster ce qui échoue, transmettre ce qui résiste au temps.

Pour aller plus loin

Services

✼ Avec les équipes de VVPLACE : modélisez avec plus de finesse les dynamiques écologiques en cours sur votre territoire — sols, canopée, maillages, mosaïques de jardins — découvrez de nouveaux leviers pour accueillir plus de nature sans étaler la ville, puis réalisez des études préopérationnelles afin de mettre en place des opérations qui couplent densification douce et renforcement de la biodiversité.

✼ Avec les équipes de VVPLUS : lancez des opérations de densification douce qui font des habitants les jardiniers de la ville vivante, pour accueillir plus et mieux, à des prix abordables, sans consommer de nouveaux sols naturels et agricoles.

✼ Avec l'application VVCAMP : donnez à chacun, expert ou non, les moyens d'explorer les liens entre plantes et insectes, pour connaitre et choisir les bonnes essences et faire de son jardin un maillon pour la biodiversité urbaine.

Formations

MBA Urbanisme Organique : Sciences Po Rennes et Villes Vivantes lancent, en septembre 2026, un Executive MBA pour appréhender la fabrique des territoires qui croisent les approches top down et bottom up : 120h de formation, entre Paris et Rennes, et deux voyages d'étude.

VVSCHOOL : l'école de l'urbanisme organique. Découvrez nos formations courtes, à distance, le midi, le soir, et élaborez une offre sur mesure pour aider vos équipes à changer de logiciel.

ORGANIC CITIES : découvrez l'urbanisme organique tel qu'il est pensé et pratiqué sur tous les continents. Accédez aux actes et replay de plus de 150 interventions lors des colloques internationaux qui se sont tenus à Paris (2024) et Rennes (2025), et découvrez le programme de la prochaine édition de 2027.

VVGUIDE : le guide des villes vivantes, avec les contributions de 46 experts de la ville. Explorez le champ des possibles et découvrez de nouvelles options concrètes pour adapter et transformer les territoires, avec et pour leurs habitants.

✼ Prendre un rdv avec Thomas Hanss pour réfléchir à l'opportunité de lancer une série de conférences sur votre territoire, au sein de votre organisation, pour changer de braquet et passer à la vitesse supérieure.

Exemples d'opérations en cours

✼ À Clermont-Ferrand, l'opération BAMBA menée par Villes Vivantes traite le végétal comme une pièce du projet architectural, et non comme une finition ajoutée après coup : chaque parcelle est vendue avec ses clôtures, ses plantations et un accompagnement paysager déjà compris dans le prix, dont les choix — essences, confort thermique intérieur comme extérieur, usages du jardin — se décident avec le futur jardinier plutôt que pour lui.

✼ Mettre l'intensification urbaine au service des transitions d'Aix-Marseille-Provence : portée conjointement par Villes Vivantes, l'OFCE et la Métropole Aix-Marseille-Provence, cette recherche vise à modéliser et scénariser l'évolution des densités bâties et d'usage du territoire métropolitain, pour mesurer si l'intensification urbaine peut effectivement être mise au service des transitions écologiques plutôt que s'y opposer.

✼ TRAME DE FRAÎCHEUR — Densifier et végétaliser pour rafraîchir la ville : menée avec Vichy Communauté et les partenaires VERDI et Scity, cette recherche-action modélise comment la densification douce des parcelles privées peut, paradoxalement, renforcer le couvert végétal urbain plutôt que le réduire — en accompagnant les propriétaires vers des jardins plus denses en biodiversité, plus riches en strates végétales, et contributeurs d'une trame de fraîcheur à l'échelle de la ville.

✼ LIFE REHOME (Reuse and Enable Housing Opportunities through Municipal Experimentation) : à La Rochelle, Villes Vivantes mène deux densifications en parallèle, indépendantes l'une de l'autre ou conjointes — celle du bâti, par les méthodes BIMBY et BUNTI, et celle du vivant, sur des jardins — avec pour objectifs 60 nouveaux logements et 60 jardins augmentés pour répondre aux enjeux du confort climatique et du renforcement de la biodiversité urbaine.

Concepts clés

Land sparing : densifier pour épargner les sols

✼ La densification pour sauver les sols.

✼ Préserver les sols en ville, c'est délocaliser la destruction des sols là où ils comptent vraiment.

✼ Cleveland : 1 400 hectares rendus à la nature. Combien de perdus ailleurs ?

Land sharing : partager le tissu urbain avec le vivant

✼ La densification peut-elle être un levier pour améliorer la biodiversité ?

✼ Biodiversité en ville : le jardinier compte plus que la taille du jardin !

✼ Biodiversité urbaine : rénover mieux commence par regarder mieux.

Parcellisation et effet de lisière

✼ Division parcellaire, multiplication du soin : le paradoxe qui change tout.

✼ Densification douce : l'antidote au désert vert pavillonnaire.

✼ Jardins familiaux & jardins privés : comment la division parcellaire démocratise l'accès au potager.

Mosaïques d'habitats et hétérogénéité des milieux

✼ La diversité cultivée nourrit la diversité sauvage.

✼ Quand le bitume confirme la règle : pas de biodiversité sans hétérogénéité des milieux.

✼ Le rôle inattendu des micro-jardins privés de Paris pour la préservation d'une espèce protégée.

Trames et maillages écologiques

✼ Derrière chaque plante au jardin, un réseau vivant à révéler.

✼ La densification douce peut activer le maillage vert que l'urbanisme écosystémique appelle de ses vœux.

Démultiplication, diversification et effets d'agrégation

✼ Pourquoi nous devons être plus nombreux à jardiner ?

✼ Le moteur sous-estimé de la biodiversité urbaine : la diversité des habitants.

Novel ecosystems : les écosystèmes que la ville invente

✼ Ce que la ville invente : des écosystèmes sans précédent dans l'histoire du vivant.

✼ D'ici 70 ans, plus de la moitié des écosystèmes terrestres n'auront plus d'équivalent historique.

✼ Entre le mur et la plante grimpante, tout un écosystème à portée de main.

Natura naturans VS natura naturata

✼ On ne sait plus produire de villes vivantes, alors on en fabrique des imitations.

✼ Faut-il figer le tissu urbain au nom du vivant ?

✼ Le grand livre des villes vivantes : comprendre les processus qui engendrent la ville.

✼ Baruch Spinoza, Éthique (1677), I, proposition 29, scolie.

Maintenance, modes de gestion et dynamique des écosystèmes

✼ L'arbre (et le paysagiste) qui cache la pelouse.

✼ +12 % en un an : ce que le boom du gazon synthétique dit (vraiment) de nos jardins.

✼ Plus le jardin est grand, moins il produit : le paradoxe de la surface.

✼ Transformer un petit jardin urbain de 200 m² en havre de biodiversité : l'histoire d'une reconquête écologique.

Couplage homme-nature et santé

✼ Avoir un jardin ne devrait pas être réservé aux plus aisés.

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