YIMBY

Construire plus

Logement : le camp du oui

Tribune collective, Les Echos, 18 décembre 2025.

Chaque élu, chaque militant, chaque citoyen doit se poser une simple question : dans quel camp suis-je en matière de logement ? Celui du oui ou celui du non ? Ce manichéisme n'est pas une exagération. Il n'y a pas de voie médiane, pas d'en même temps, de nuance. Soit vous freinez la production de logements et devez assumer d'aggraver la crise du logement, soit vous décidez d'augmenter le stock de logements.

Actuellement, partout en France, sous les habits d'une vertu environnementale dévoyée et instrumentalisée, à chaque fois que se profile un projet, une même réaction : pas chez nous. C'est le syndrome Nimby pour « not in my backyard » (« pas dans mon jardin »). Certaines mairies placardent des affiches pour se féliciter des projets qu'elles ont fait échouer quand d'autres refusent les certificats d'urbanisme dans l'attente de révisions rendant le plan local d'urbanisme (PLU) encore plus restrictif.

Sous couvert de préserver un cadre de vie, le camp du non est devenu la coalition des décroissants et des spéculateurs, conduisant à la ségrégation sociale et à l'étalement urbain. Stimulés par l'effet loupe des réseaux sociaux et la facilitation de la contestation judiciaire, il suffit désormais d'une poignée d'opposants déterminés pour emporter la majorité silencieuse.

Choisir la justice sociale

Mais le « Nimbysme », c'est le discours de ceux qui ont déjà un toit et qui claquent la porte au nez des moins bien lotis. Quand des ménages ne peuvent plus accéder à la propriété, c'est le parcours résidentiel qui est bloqué, la rotation dans le parc locatif privé s'effondre et ce sont les ménages en mobilité, étudiants en décohabitation, couples en instance de séparation, travailleurs en mobilité, qui en paient le prix.

Face à cette résignation organisée, un contre-mouvement est né : Yimby pour « yes in my backyard ». Oui, nous avons besoin de logements ici. Oui à plus de logements, occupés en permanence. Oui à de nouveaux voisins, à plus de voisins présents toute l'année et pas seulement aux visiteurs des résidences secondaires et des meublés de tourisme.

Ce mouvement a été initié il y a dix ans à San Francisco. En voyant une énième pétition de propriétaires contre un projet immobilier, des locataires ont réagi en affirmant que cet immeuble, c'est exactement ce dont ils avaient besoin. Ce dont toute la ville avait besoin.

La logique implacable selon laquelle plus d'offre fait baisser les prix est devenue un cri de ralliement politique, de tout bord. Des villes comme Austin sont devenues des laboratoires de cette politique publique. 6,1 permis pour 1 000 habitants y ont été délivrés, six fois plus que la moyenne nationale. Résultat : en trois ans, les loyers ont dévissé de 22%.

Être Yimby en France, c'est choisir la justice sociale. C'est garantir que le logement ne soit pas un bien de luxe mais un produit en quantité suffisante pour une démographie encore croissante et des ménages de plus en plus seuls. C'est lutter contre la ségrégation sociale, car ne pas produire, c'est aussi ne pas produire de logements sociaux.

Être Yimby, c'est choisir l'écologie. C'est pousser la rénovation. Produire ne signifie pas forcément bâtir du neuf : c'est aussi réparer, transformer et prolonger la vie de ce qui existe déjà. Chaque immeuble réhabilité, chaque logement rénové, chaque friche reconvertie permet de lutter contre le changement climatique. La densification douce des villes, la surélévation, la transformation de bureaux en logements sont capitales.

Être Yimby, c'est choisir le progrès. C'est refuser l'idée que nos villes deviennent des musées. C'est une vision d'abondance pour des quartiers vivants, qui changent, qui s'adaptent, qui grandissent.

Le mouvement Yimby France porte aujourd'hui cette vision. Il ne s'agit pas de dire oui à n'importe quoi. Il s'agit d'exiger des projets de qualité, de créer un nouveau rapport de force citoyen face aux conservatismes locaux, et de donner aux maires le courage politique de laisser leurs villes grandir. Maintenant. Partout.

Et si vous assumez le camp du non, préparez-vous à faire face au camp du oui.

Signataires :

Muriel Boulmier, présidente de l’Union régionale HLM de Nouvelle Aquitaine.

Matthieu Burin, entrepreneur chez Hemea.

Denis Caraire, urbaniste et président de l’Office professionnel de qualification des urbanistes.

Jean Coldefy, expert des mobilités et président du conseil scientifique France Mobilité.

Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat.

Yves Crochet, promoteur et urbaniste.

Bérengère Dubus, dirigeante de FI Courtage et fondatrice de l’UIC.

Martin Duplantier, architecte et président d’AMO.

François Gemenne, professeur à HEC.

Laure-Anne Geoffroy, présidente de l’Union des architectes.

Jacques Lévy, chercheur en science du social au Chôros.

Julien Meyrignac, urbaniste chez Public(s).

David Miet, président de Villes Vivantes.

Didier Mignery, architecte, directeur et fondateur d’UPFactor.

Bertrand Moine, entrepreneur à l’Observatoire de l’Immobilier.

Philippe Petiot, directeur général de Procivis Nouvelle Aquitaine.

Robin Rivaton, entrepreneur et essayiste.

Xavier Timbeau, économiste à Sciences Po Paris.

Signer le manifeste YIMBY France
Construire avec VVPLUS

Répondre à ceux qui disent qu'il faut construire moins : comment réfuter les 9 arguments clés du "camp du non".

La France ne produit que la moitié des logements dont elle a besoin. Beaucoup pensent que ce n'est pas grave. Et certains pensent même que c'est nécessaire.

Sur le terrain, les choses sont assez claires : nous ne sommes pas du tout en mission pour soutenir la production de logement.

Toutes affaires cessantes, nous devrions sauver des projets mal embarqués, augmenter les droits à densifier dans les PLU, accélérer l'instruction positive des permis de construire…

Mais non. Au lieu de cela : des discussions sans fin avec les services, les élus, les riverains, les experts… Pourquoi ces discussions sans fin ?

Parce que nous sommes empêtrés dans les filets idéologiques du "camp du Non". Nous devons nous débattre dans une toile d'idées fausses.

Voici une liste de 9 de ces idées. Chacune d'elles :

✼ Suit un raisonnement qui est faux ;

✼ Contribue à consolider la position du NIMBY, c'est-à-dire celle de ceux qui souhaitent que l'on construise moins "ici" ;

✼ Est soutenue par certains professionnels, chercheurs, élus, et riverains, qui ne sont pas majoritaires, mais qui sont aujourd'hui les mieux armés pour faire valoir leur position.

Le "camp du non", celui qui s'oppose au fait de construire plus, dira toujours que son but n'est pas de s'opposer à la construction mais plutôt de poursuivre un but plus noble : écologique et social en particulier.

Mais dans les faits :

✼ la défense de ces 9 idées fournit de nouveaux alibis à ceux qui souhaitent que l'on construise moins ;

✼ plus la cause défendue est vertueuse en apparence, plus ces alibis sont puissants dans leur force d'opposition aux projets de construction.

C'est pourquoi nous allons devoir défaire chaque contre-vérité, une à une. En nous appuyant sur la science qui, par chance, publie abondamment depuis quelques années.

1. « La population française va diminuer, donc les besoins en logements neufs vont s'effondrer » = FAUX

2. « Avec le ZAN, il n'y a plus de place, donc nous n'avons pas d'autre choix que de construire moins » = FAUX

3. « Construire moins, c'est moins de ressources consommées, et moins de gaz à effet de serre émis, donc c'est "sobre" et donc c'est mieux » = FAUX

4. « Pour faire baisser les prix, ce n'est pas la quantité qui compte, mais la qualité, donc construire plus ne sert à rien » = FAUX

5. « Il nous faut mieux répartir les emplois et la population en France, donc il ne faut pas construire ici mais ailleurs, c'est-à-dire au final, construire moins ici » = FAUX

6. « Il faut planter plus, donc il faut construire moins » = FAUX

7. « Il faut en priorité rénover plus vite le parc existant et mobiliser les logements vacants, donc il faut construire moins » = FAUX

8. « Il faut sauver les sols et la biodiversité, donc il faut construire moins » = FAUX

9. « Il faut rafraîchir les villes, donc il faut construire moins » = FAUX

1. « La population française va diminuer, donc les besoins en logements neufs vont s'effondrer. » = FAUX

Ce raisonnement ne tient pas la route pour 4 raisons qui relèvent toutes d'un fait principal : le besoin en logement ne provient pas majoritairement de l'augmentation de la population mais du changement sociologique et géographique de la population.

1.1. La "décohabitation" crée des ménages supplémentaires et donc des besoins en nouveaux logements, même sans hausse de population.

Notions clés

Décohabitation : le passage d'un ménage à plusieurs. Un jeune quitte le domicile parental, un couple se sépare, une personne âgée reste seule dans son logement après un veuvage : à chaque fois, un ménage devient deux, et chacun a besoin d'un toit.

Demande : la décohabitation est le moteur silencieux de la demande de logements. La taille moyenne des ménages baisse, donc le nombre de ménages augmente, même à population constante.

Chiffres clés

2,14 personnes : c'est la taille moyenne des ménages en 2023 (INSEE-SDES). Voici son évolution : 2,29 en 2008, 2,20 en 2018, projetée à 2,07 en 2030 et 1,99 en 2050.

3,6 millions de ménages : en France métropolitaine, le nombre de ménages augmenterait de 3,6 millions entre 2020 et 2050. Une hausse quasi exclusivement portée par les personnes seules : +3,4 millions, dont une majorité de plus de 60 ans (SDES & INSEE, projections de ménages, scénario central).

Références clés

✼ SDES, Projections du nombre de ménages à horizon 2030 et 2050, Document de travail n°64, décembre 2023.

✼ Insee Focus n°317, De 2 à 6 millions de ménages supplémentaires en France entre 2018 et 2050, janvier 2024.

Pour aller plus loin

✼ Des millions de logements à reconfigurer et créer dans les années à venir

1.2. Nous avons accumulé du retard de production depuis de nombreuses années dans les territoires tendus.

Notions clés

Les besoins en logement sont un flux : les naissances se produisent tous les jours, les séparations également, le départ des enfants pour les études aussi, etc. En matière de logement, on ne peut donc pas faire de « pause » ni de « moratoire ».

Déficit cumulé : lorsque la production est déficiente, comme c'est le cas aujourd'hui, il faudra donc rattraper le retard constaté chaque année donnée, de façon cumulative, à l'occasion de la production des années suivantes.

Chiffres clés

De 1,1 à 1,4 millions de logements : c'est le déficit cumulé. Les estimations vont de 1,1 million de logements (Mouillart, 2023) à 1,36 million (ESCP, citée par Driant, 2023).

1,4 millions de ménages : c'est aussi le nombre de ménages sans logement ou vivant dans des conditions de logement très difficiles. (Boutchenik & Rateau, Besoins en logements à horizon 2030, 2040 et 2050, SDES, juin 2025)

Références clés

✼ Rapport Rebsamen — Commission pour la relance durable de la construction de logements, Tome 1, septembre 2021.

✼ Union sociale pour l'habitat & Habitat & Territoires Conseil. (2023). Quels besoins en logements sociaux à l'horizon 2040 ? Étude présentée au 83e Congrès Hlm, Nantes, octobre 2023.

✼ Conseil national de l'habitat. (2023). Analyse des besoins en logement — Synthèse des travaux du groupe de travail. Décembre 2023.

Pour aller plus loin

✼ Urbanisme : comment faire perdre 15 ans à la France

1.3. Les Français déménagent, changent de région, et l'évolution de la géographie de la demande crée des besoins nouveaux.

Notions clés

L'immobilité du logement : les ménages qui déménagent ne peuvent pas emmener leur logement avec eux. Le parc de logements n'existe donc qu'à l'échelle locale : les excédents des territoires qui se vident ne peuvent pas compenser les déficits des territoires qui attirent.

Demande liée aux déménagements : chaque recomposition géographique de la demande crée donc des besoins de construction neufs, même à population nationale constante.

Chiffres clés

6 millions de personnes : en 2023, 8,8 % de la population a déménagé à l'intérieur du territoire, soit environ 6 millions de personnes. (INSEE, Insee Première n°2073, 2025)

105 km : un quart des personnes qui changent de commune parcourent désormais plus de 105 km, contre 88 km avant la crise sanitaire. (INSEE, Insee Première n°2073)

0,5%/an : entre 2013 et 2023, la Bretagne, l'Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine gagnent chacune plus de 5 habitants pour 1 000 résidents par an du seul fait des mobilités résidentielles. (INSEE, Insee Première n°2073)

Références clés

✼ Brutel, C. (2023). En 2021, des déménagements un peu plus nombreux qu'avant la crise sanitaire depuis l'Île-de-France vers les autres régions. Insee Première, n°1954, juin 2023.

✼ Pouvreau, L. (2025, September 18). La Côte Ouest française face à son potentiel démographique. Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes.

✼ Buhnik, S. (2024, January 18). Des poches de croissance dans un océan de décroissance. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ L'éléphant dans la pièce : la géographie de l'emploi

✼ On va manquer de logements… dans un pays où la population ne croît presque plus

✼ Urbanisme : comment faire perdre 15 ans à la France

1.4. La baisse de la natalité est pour moitié due à la crise du logement, on ne peut donc pas s'en servir comme prétexte pour mener une politique de baisse de la production de logements.

Notions clés

Inversion de causalité : moins de naissances, donc moins de logements nécessaires ? Les études causales montrent le mécanisme inverse : c'est le manque de logements, en particulier de logements familiaux abordables, qui fait chuter les naissances. Réduire la production au motif du déclin démographique, c'est donc nourrir le déclin qu'on invoque.

Chiffres clés

51% : la hausse des coûts du logement depuis 1990 explique à elle seule 11 % de naissances en moins aux États-Unis, soit 51 % du déclin total de la fécondité entre les années 2000 et 2010. (Couillard, 2025)

33% : au Brésil, l'accès au logement augmente de 3,8 % la probabilité d'avoir un enfant et de 3,2% le nombre d'enfants. Pour les 20-25 ans, les effets atteignent +32% et +33%. (Van Doornik et al., 2024)

20 ans : le calendrier est décisif : la fécondité complète d'un ménage accédant au logement à 20 ans est deux fois supérieure à celle d'un ménage y accédant à 30 ans. Lorsque l'accès au logement est retardé, il y aura in fine des enfants en moins. (Van Doornik et al., 2024)

Références clés

✼ Couillard, B. K. (2025). Build, Baby, Build: How Housing Shapes Fertility. Working paper, Department of Economics, University of Toronto.

✼ Van Doornik, B., Fazio, D., Ramadorai, T., & Skrastiņš, J. (2024). Housing and Fertility. CEPR Discussion Paper n°19805 / Banque centrale du Brésil, Working Paper n°612.

✼ Moine, B. (2026), Étude logement & natalité, L'impact du blocage du marché immobilier sur la démographie française.

Pour aller plus loin

✼ La chute des naissances viendrait pour moitié du manque de logements

✼ Accès au logement et natalité : une relation causale démontrée au Brésil

✼ Sobriété immobilière et baisse des naissances : la boucle serait-elle bouclée ?

2. « Avec le ZAN, il n'y a plus de place, donc nous n'avons pas d'autre choix que de construire moins. » = FAUX

Ce raisonnement ne tient pas la route car en France le potentiel de densification des lieux où les Français ont besoin de vivre est à la fois illimité et artificiellement bloqué par une sorte de numerus clausus.

2.1. Le potentiel de la densification douce est théoriquement illimité. Il peut être développé de façon incrémentale par des petits projets portés par des particuliers.

Notions clés

Maître d'ouvrage : le maître d'ouvrage d'un projet de construction est la personne morale ou physique qui fait l'acquisition d'un terrain et confie la construction à un maître d'œuvre et des entreprises de travaux. Le maître d'ouvrage est propriétaire de l'ouvrage pendant la phase de construction. En France, le logement est produit soit par des particuliers (maîtrise d'ouvrage habitante) qui vont construire pour eux-mêmes ou pour louer, soit par des promoteurs privés, qui sont les maîtres d'ouvrages de projets qu'ils construisent pour revendre, soit par des bailleurs sociaux.

Auto-promotion : c'est la partie des logements qui est produite par des maîtres d'ouvrage particuliers. Le plus souvent, ils font construire une maison individuelle, et parfois un, deux ou trois appartements pour des proches ou pour de la location. À ne pas confondre avec l'auto-construction où c'est l'habitant qui réalise lui-même tout ou partie des travaux de construction. L'auto-promotion consiste simplement à réaliser le travail de maîtrise d'ouvrage soi-même : c'est-à-dire passer un contrat avec un maître d'œuvre et des entreprises de réalisation.

Logement abordable : en France ces dernières décennies le logement abordable a été produit grâce à la filière de l'autopromotion qui permet d'économiser les frais de maîtrise d'ouvrage déléguée, des frais de commercialisation importants, et la marge de la promotion immobilière, soit une différence courante de 500 à 1 500 €/m² construit selon les marchés (Pouvreau, 2024). D'autres filières du logement abordable existent mais sont plus limitées en volumes car plus complexes et consommatrices de financements publics : accession sociale à la propriété (PSLA), bail réel solidaire (BRS), etc.

Lotissement VS diffus : ce sont les deux filières du terrain à bâtir qui peut être acheté par un particulier pour être construit en autopromotion, donc les deux filières de la maison individuelle, qui sont aussi les deux filières historiques du logement abordable. Dans le cas d'un « lotissement » un aménageur achète un terrain, l'aménage (réseaux, voiries) et vend à l'unité des terrains à bâtir à des particuliers qui vont faire construire. Dans le cas du « diffus » : un particulier propriétaire d'un terrain en secteur constructible divise et vend une partie de son terrain à un autre particulier qui le raccordera aux réseaux et fera construire.

ZAN : en 2021 la loi Climat et Résilience instaure le principe du Zéro Artificialisation Nette avec comme objectif de stopper toute artificialisation de nouvelles terres d'ici 2050. D'ici là, les collectivités ont un calendrier pour progresser vers cet objectif à travers leurs documents de planification et leurs Plans Locaux d'Urbanisme. Si ce principe est fortement discutable pour le foncier industriel et d'activité économique, il est plutôt sensé et réaliste pour l'habitat. Il va notamment contraindre la production de terrains à bâtir en lotissement et en diffus en extension urbaine.

Densification douce : la densification douce est un ensemble de méthodes qui consiste à reconstruire une filière de l'autopromotion (logement abordable en maîtrise d'ouvrage particulier) cette fois en densification de la ville existante et non plus en extension urbaine. La densification douce opère soit en opération d'aménagement dense (BAMBA), soit en densification diffuse de l'existant, par ajout de constructions nouvelles sur des terrains déjà bâtis ou divisions parcellaires pour produire de nouveaux terrains à bâtir (BIMBY), soit par transformation et reconfiguration des bâtiments existants (BUNTI).

Chiffres clés

30 à 50% du logement abordable. Depuis 1980, la production de maisons individuelles en autopromotion (maîtrise d'ouvrage habitante) représente entre 30 et 50% de la production neuve totale de logements en France, selon les années. C'est une filière complètement structurante qui est attaquée de front par le ZAN et qu'il faut remobiliser en densification en ouvrant les droits à la densification douce dans les PLU.

200 m². C'est la surface de terrain que les 2/3 des Français seraient prêts à accepter aujourd'hui (IFOP-FFC, 2024), quand les terrains achetés pour faire construire font en moyenne 924 m² (SDES, EPTB, 2020), et que des millions de maisons existantes occupent des parcelles de plus de 1 000 m². L'écart entre la taille des jardins existants et les aspirations réelles des ménages, c'est précisément le gisement de la densification douce.

1%/an. La France compte 20 millions de maisons individuelles déjà bâties. Si chaque année 1 propriétaire sur 100 décide de partager son terrain pour vendre un terrain à bâtir c'est 200 000 nouvelles maisons qui peuvent être construites, soit 3 fois le volume actuel (2025) de production de maisons en France et l'équivalent du volume produit dans les meilleures années de la maison individuelle en France (2007).

9 millions de terrains. Parmi ces 20 millions de maisons, 9 millions sont situées dans les communes de plus de 10 000 habitants et leurs communes limitrophes. C'est donc un stock d'au moins 9 millions de terrains à bâtir potentiels disponibles dans des territoires équipés et stratégiques.

55% (+10 points en 2 ans). L'acteur principal de la construction de maisons individuelles, HEXAOM, produit déjà aujourd'hui (2024) plus de la moitié de sa production sur des parcelles issues de divisions parcellaires. Le grand mouvement de redirection de la filière de l'autopromotion de l'extension urbaine vers l'intensification urbaine est en cours.

Références clés

✼ Pouvreau, L. (2024, January 18). L'auto-promotion accompagnée : un modèle économique pour la production massive de logements abordables en France. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes.

✼ Hernandez, A., & Caraire, D. (2024, January 18). BIMBY et BUNTI : faire des habitants les maîtres d'ouvrage de la transformation des tissus urbains et ruraux. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes.

✼ Hanss, T. (2025, September 19). La densification douce de la côte ouest : peut-on produire 50% de logements abordables en coopérant avec les habitants ? Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes.

✼ Pouvreau, L. (2025, September 18). La Côte Ouest française face à son potentiel démographique. Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes.

✼ Fédération française des constructeurs de maisons individuelles & IFOP. (2024, mars). Le regard des Français sur la maison individuelle et l'accès à la propriété.

✼ HEXAOM. (2025, avril). HEXAOM valorise le foncier avec la division parcellaire !

✼ SDES. (2021). Enquête sur le prix des terrains à bâtir (EPTB) 2020 — surface moyenne des terrains achetés pour faire construire : 924 m².

Pour aller plus loin

✼ La densification douce fait son chemin

✼ Épernay : retrouver une abondance foncière en réalisant le ZAN

✼ La densification douce : mode d'emploi

✼ La densification douce, ou la miniaturisation de l'industrie immobilière à l'heure du ZAN

✼ Passer de 17 à 19 logements par hectare en 10 ans : augmenter l'offre sans affecter le cadre de vie

2.2. Le potentiel de la densification forte est théoriquement illimité. Il peut être développé dans les zones tendues et très tendues.

Notions clés

Densification forte : c'est la seconde filière du « construire sans étalement ». Là où la densification douce opère en maîtrise d'ouvrage habitante, parcelle par parcelle, la densification forte opère en maîtrise d'ouvrage promoteur : remembrement de plusieurs parcelles, construction de petits ou grands collectifs, surélévations d'immeubles, transformations de bureaux en logements. Les deux filières sont complémentaires : la densification douce fonctionne dans tous les territoires, la densification forte dans les territoires où les prix de vente permettent d'équilibrer les opérations.

Seuil de commercialisation : compte tenu des coûts de construction, une opération de promotion neuve ne peut être commercialisée que dans les secteurs où le neuf se vend au moins 4 000 €/m². Ce qui correspond, compte tenu de la décote entre ancien et neuf, aux territoires où les prix dans l'ancien dépassent 3 500 €/m². Ce seuil dessine la géographie de la densification forte : ses territoires d'intervention sont peu étendus, mais ce sont les plus stratégiques du pays.

Chiffres clés

4 953 €/m² : c'est le prix moyen des appartements neufs vendus en France au 2e trimestre 2025 (SDES, enquête ECLN) : bien au-dessus du seuil théorique de commercialisation de 4 000 €/m².

7 % du territoire : les territoires où les prix dans l'ancien dépassent 3 500 €/m² ne couvrent que 7 % du territoire national. Ce sont les territoires les plus denses et les plus recherchés du pays. Ils concentrent (Villes Vivantes, d'après INSEE et DVF, période 2014-2020) : 32 % du stock de logements et 32 % de la population, 37 % des emplois, 49 % de la croissance démographique française, 38 % de la production totale de logements, 55 % de la production d'appartements, le produit type de la densification forte.

86 % : c'est la part du stock de logements neufs proposés à la vente par les promoteurs qui se situe en zones tendues A bis, A et B1 (SDES, ECLN, 2e trimestre 2025). La géographie de la promotion épouse celle des prix.

Références clés

✼ SDES. (2025). Commercialisation des logements neufs — Vente aux particuliers au 2e trimestre 2025.

✼ Rapport Rebsamen — Commission pour la relance durable de la construction de logements, Tome 1, septembre 2021.

Pour aller plus loin

✼ Compte à rebours de l'opérateur et logiques foncières

✼ Comment réguler le prix du foncier ?

2.3. La rareté et la cherté du foncier sont aujourd'hui créées de façon artificielle par des règles inscrites dans les PLU, le plus souvent sous la pression des riverains qui militent pour le statu quo (NIMBY).

Notions clés

PLU (plan local d'urbanisme) : c'est le document réglementaire qui fixe, parcelle par parcelle, les droits à bâtir : hauteurs, emprises au sol, retraits, accès, stationnement, coefficient de pleine terre, etc. Le foncier constructible n'est donc pas une donnée géographique, mais avant tout une création réglementaire. À chaque révision de PLU, une collectivité décide, par des règles de géométrie complexes, de la quantité de logements qu'il sera légal de construire sur son territoire. La pénurie de foncier constructible dans les zones tendues est le produit de cette écriture réglementaire, technique et presque invisible pour le citoyen.

NIMBY (« not in my backyard », pas dans mon jardin) : désigne l'opposition des riverains déjà logés à tout projet de construction à proximité de chez eux. Le NIMBY ne s'exprime pas seulement contre les projets, au cas par cas : il s'écrit dans les règlements. Sous la pression de quelques opposants déterminés, les révisions successives des PLU réduisent les droits à bâtir, quartier par quartier : un numerus clausus foncier qui organise la rareté et fait monter les prix, au bénéfice des propriétaires en place.

YIMBY (« yes in my backyard », oui dans mon jardin) : le contre-mouvement, né à San Francisco il y a dix ans, qui demande la légalisation de la construction là où les besoins existent. Être YIMBY, c'est demander que les droits à bâtir soient rouverts dans les territoires équipés, desservis et demandés.

Chiffres clés

-14% : les dynamiques de production se sont inversées géographiquement : les autorisations de construire reculent de 14 % dans les zones les plus tendues (A bis, A, B1) par rapport à 2018, tandis qu'elles progressent de 22 % en zones B2 et C (Rapport Rebsamen, 2021). La France construit de moins en moins là où les besoins sont les plus criants.

Du simple au double, à densité comparable : à Mérignac, cœur de la métropole bordelaise, les maisons anciennes se vendent environ 4 000 €/m² ; à Périgueux, 2 000 €/m², alors que la densité habitée de Périgueux est supérieure de 20 % à celle de Mérignac. La différence de prix ne vient pas de la densité : elle vient d'une demande supérieure à Mérignac combinée à des règles qui empêchent Mérignac de densifier.

Références clés

✼ Rapport Rebsamen — Commission pour la relance durable de la construction de logements, Tome 1, septembre 2021.

✼ Derrière la crise du logement, une crise de la planification

Pour aller plus loin

✼ Comment nous avons créé la pénurie artificielle de foncier constructible

✼ Not In My BackYard (NIMBY)

✼ Le NIMBY contre l'efficacité foncière ?

✼ Le NIMBY éloigne les moins diplômés de l'emploi

✼ La mise sous cloche du tissu pavillonnaire n'est pas soutenable

✼ Nous n'avons pas 10 ans pour résoudre la pénurie de foncier constructible

✼ Du choc d'interdiction de la densification… au choc de légalisation du village dense

2.4. Le NIMBY est puissant, mais minoritaire. Il peut être dépassé : par la démonstration des bénéfices individuels de la densification, et par la beauté des opérations.

Notions clés

Hard NIMBY : les études d'opinion distinguent les opposants systématiques à toute construction (les « hard NIMBYs ») du reste de la population. Les premiers sont minoritaires. La majorité des habitants est favorable à la construction de logements, ou n'a simplement jamais été sollicitée : le NIMBY emporte les décisions locales par défaut de mobilisation du camp d'en face, pas par le nombre.

Scepticisme de l'offre : une part de l'opposition ne nie pas le besoin, mais elle doute que construire aide. Le public comprend pourtant parfaitement la loi de l'offre et de la demande sur les autres marchés (alimentation, automobile, travail) ; c'est sur le seul logement que l'intuition se brouille, la hausse des prix étant attribuée à des causes morales (spéculation, manipulation) plutôt qu'à la rareté.

Bénéfices individuels de la densification : le NIMBY prospère quand la densification est vécue comme une menace subie. Il recule quand chaque propriétaire découvre ce qu'elle peut lui apporter, à lui : financer sa retraite ou ses travaux en détachant un terrain, construire pour un enfant ou un parent, adapter sa maison au vieillissement. La densification douce transforme les riverains d'opposants en maîtres d'ouvrage : une partie du NIMBY se dissout dans le projet.

Beauté : une part de l'opposition à la densification est esthétique, et elle est légitime : les opérations standardisées ont abîmé la confiance. La densification sur mesure, dessinée projet par projet avec les habitants, produit de la beauté ordinaire : celle du village, la forme dense que les Français aiment déjà.

Chiffres clés

3 contre 1 : lorsqu'on interroge l'ensemble de la population et non les seuls participants aux réunions publiques, les soutiens à la construction de logements l'emportent largement — environ 74 % des propriétaires et 80 % des locataires américains soutiennent les politiques favorisant la construction de logements (Zillow, 2023). Les « hard NIMBYs », opposés même aux formes les plus douces de densification, représentent au plus 30 % des répondants.

70% des 25-34 ans. L'écart est générationnel et patrimonial : l'opposition aux projets croît avec l'âge et le statut de propriétaire. À Santa Monica, 70 % des 25-34 ans jugeaient positivement le développement du centre-ville, quand 68 % des 60-64 ans y étaient opposés. Les enquêtes en réunion publique inversent l'image : les opposants s'y déplacent, les partisans non.

30 à 40 % seulement des Américains croient que construire plus fait baisser les prix alors qu'ils répondent correctement à la même question posée sur le blé, les voitures ou le travail (Nall, Elmendorf & Oklobdzija, 2024). Le scepticisme de l'offre est une exception cognitive propre au logement.

Références clés

✼ Les hard NIMBYs sont minoritaires

✼ Que se passe-t-il lorsque l'on s'adresse aux partisans de la construction de logements ?

✼ Le NIMBY, une question de peurs, qui affecte moins les jeunes que les baby-boomers

✼ Nall, C., Elmendorf, C. S., & Oklobdzija, S. (2024). Folk Economics and the Persistence of Political Opposition to New Housing.

Pour aller plus loin

✼ Nous aimons la densité lorsqu'elle est douce et vivante

✼ La beauté ordinaire est un cercle vertueux

✼ Nos villes contemporaines gagneraient à être personnalisées

✼ Urbanisme organique : le ZAN sera beau

✼ Réinventer et généraliser le village

✼ La « maison », et le modèle urbain du « village », sont l'avenir du logement en France

✼ Pour le logement et le futur des jeunes : légalisons le village !

3. « Construire moins, c'est moins de ressources consommées, et moins de gaz à effet de serre émis, donc c'est « sobre » et donc c'est mieux. » = FAUX

Ce raisonnement repose sur un bilan carbone tronqué : il compte les émissions de la construction (un poste ponctuel) et oublie le poste dominant, les émissions de mobilité induites par la localisation du logement, accumulées sur toute sa durée de vie.

3.1. Sur un cycle de vie de 40 ans, 59 à 86% du bilan carbone d'un logement est imputable aux mobilités carbonées induites par sa localisation spatiale.

Notions clés

Bilan carbone complet d'un logement : le bilan d'un logement ne s'arrête pas à sa construction. Il cumule quatre postes : construction, maintenance, exploitation (chauffage, refroidissement) et mobilités quotidiennes de ses habitants. La construction émet une fois ; les déplacements reviennent chaque année, pendant quarante ou cinquante ans. Leurs émissions dépendent d'une seule variable : l'emplacement.

Émissions induites par la localisation : un même ménage, dans un même logement, n'émet pas la même chose selon l'endroit où ce logement est situé. Au cœur de l'agglomération, les distances sont courtes et les alternatives à la voiture existent ; en grande périphérie, chaque activité du quotidien impose des kilomètres motorisés. La localisation est une décision carbone qui engage sur le temps long.

Chiffres clés

59 à 86 % : pour un ménage de quatre personnes, c'est la part des mobilités quotidiennes dans les émissions globales de CO2 liées à l'habitat et à sa localisation, sur un cycle de vie de 40 ans, le reste étant dû à la construction, la maintenance et l'exploitation (modélisation au carreau de 200 mètres, SCoT La Rochelle Aunis).

1,4 à 6,1 fois : le choix de localisation d'un logement pèse 1,4 à 6,1 fois plus lourd, en émissions, que sa construction, sa maintenance et son exploitation réunies.

De 1 à 4 selon le seul lieu de vie : les émissions annuelles de mobilité d'un ménage de quatre personnes passent de 3,4 tonnes de CO2 à La Rochelle à 6,2 tonnes à Dompierre, 9,2 tonnes à Yves et 14,7 tonnes en grande périphérie.

Références clés

✼ Lempérière, P., Miet, D., Parodi, M., Pouvreau, L., Stulhfauth, V., & Timbeau, X. (2023). Sur le cycle de vie d'un logement, les émissions de mobilité induites par sa localisation sont très largement supérieures à celles liées aux postes de construction, de maintenance et d'exploitation cumulés [pre-print].

✼ Lempérière, P., Miet, D., Parodi, M., Pouvreau, L., Stulhfauth, V., & Timbeau, X. (2023). SCoT La Rochelle Aunis : les émissions moyennes des habitants du territoire pour leurs mobilités quotidiennes [pre-print].

Pour aller plus loin

✼ Quel est l'impact carbone de notre incapacité à accueillir les habitants qui le souhaitent dans le cœur des grandes agglomérations ?

3.2. Dès la 5e année, la construction d'un logement neuf bien situé, dans le cœur d'agglomération, est globalement moins émettrice de CO2 que la rénovation d'un logement situé en périphérie.

Notions clés

Le duel neuf/rénovation, réexaminé : « toujours rénover avant de construire » est un slogan qui ne tient que si l'on compare deux logements au même endroit. Dès que l'on intègre la mobilité induite par la localisation, le bilan s'inverse : les émissions évitées par la rénovation d'un logement excentré sont rattrapées, puis dépassées, par les émissions de mobilité de ses habitants. La bonne question est toujours double : quoi construire ou rénover, et où.

Point de bascule : c'est l'année à partir de laquelle le cumul des émissions (construction + exploitation + mobilité) d'un logement neuf bien situé passe en dessous de celui d'un logement rénové mal situé. La construction d'une maison « coûte » environ 50 tonnes de CO2 une fois ; la mauvaise localisation coûte plusieurs tonnes chaque année, pour toute la durée de vie de la maison.

Chiffres clés

Dès la 5e année, construire un logement neuf pour un couple avec enfants à La Rochelle devient globalement plus vertueux, en émissions cumulées, que rénover un logement à Yves, en 2e couronne.

Références clés

✼ Lempérière, P., Miet, D., Parodi, M., Pouvreau, L., Stulhfauth, V., & Timbeau, X. (2023). Sur le cycle de vie d'un logement, les émissions de mobilité induites par sa localisation sont très largement supérieures à celles liées aux postes de construction, de maintenance et d'exploitation cumulés [pre-print].

✼ Miet, D. (2024, January 19). Devrions-nous rénover tous les bâtiments bien que certains soient éloignés des centres urbains ou construire plus de logements neufs au cœur des agglomérations ? Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ Le prix du carburant est national. Son impact, lui, est territorial.

3.3. Densifier, permettre aux habitants d'habiter les endroits stratégiques, bien situés et bien desservis des territoires, est notre premier levier pour réduire les émissions de carbone liées aux modes de vie quotidien.

Notions clés

La localisation comme politique climatique : les politiques publiques concentrent l'effort sur la performance des bâtiments (isolation, RE2020) et la motorisation (véhicule électrique). Le troisième levier, le plus puissant, reste l'angle mort : rapprocher les habitants des emplois, des services et des réseaux. Chaque ménage accueilli au cœur de l'agglomération plutôt qu'en périphérie lointaine, c'est un différentiel d'émissions acquis pour des décennies, sans effort quotidien et sans technologie nouvelle.

Bloquer ici, c'est émettre là-bas : refuser la construction là où se trouvent les emplois ne supprime pas le besoin de logement mais le déplace vers des territoires plus éloignés, plus dépendants de la voiture. Le NIMBY des cœurs d'agglomération est une machine à fabriquer des émissions périurbaines.

Chiffres clés

De 3,4 à 14,7 t CO2/an de mobilité pour un même ménage de quatre personnes selon sa commune de résidence (SCoT La Rochelle Aunis) : chaque logement accueilli au centre plutôt qu'en grande périphérie « économise » jusqu'à 11 tonnes de CO2 par an, soit davantage, en cinq ans, que la construction du logement lui-même.

Références clés

✼ Timbeau, X. (2025, September 18). Densifier pour accueillir plus, une opportunité pour le climat ? Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ Pour diviser par 2 l'empreinte carbone de la mobilité des Français, il faudra construire

✼ Pourquoi la dispersion territoriale sabote notre politique climatique

3.4. La sobriété de façade engendre des effets rebonds délétères.

Notions clés

Sufficiency, pas austérité : « sobriété » est une traduction malheureuse de « sufficiency », qui signifie « en quantité suffisante ». Le concept de sufficiency demande de produire ce qui est nécessaire, ni plus, ni moins. Appliquée au logement, il commande de produire les logements dont les ménages ont besoin, là où ils en ont besoin. La « sobriété » à la française, elle, a glissé vers un impératif moral de production minimale, qui organise le manque sous la bannière du « moins c'est mieux ».

Effet rebond territorial : un logement refusé ici ne disparaît pas, il est construit ailleurs, plus loin, là où le foncier reste accessible, avec les kilomètres de voiture qui vont avec. La « sobriété » d'une commune-centre se paie en étalement et en émissions dans la couronne périurbaine. Le bilan consolidé du territoire est pire que si la commune avait accueilli.

Effet rebond budgétaire : l'argent qu'un acteur économise (ou croit économiser) ici est réaffecté à d'autres consommations, qui peuvent être plus carbonées. Une politique qui prétend réduire les émissions en réduisant la production, déplace le carbone au lieu de le supprimer.

Pour aller plus loin

✼ « Sobriété » est une traduction malheureuse du mot « sufficiency » qui veut dire « en quantité suffisante »

✼ Un logement refusé ici… sera construit ailleurs

✼ Économiser pour consommer plus : la face cachée de la sobriété

4. « Pour faire baisser les prix, ce n'est pas la quantité qui compte, mais la qualité, donc construire plus ne sert à rien. » = FAUX

Personne n'a prétendu que construire suffisait. Mais l'équilibre offre-demande ne peut pas être retiré de l'équation qui fixe les prix. Le « oui, mais construire ne suffit pas » n'est pas une nuance : c'est un désalignement permanent, qui installe le doute exactement là où il faut agir.

4.1. L'équilibre offre-demande commande le prix.

Notions clés

Élasticité prix-parc : la relation entre quantité et prix est mesurée depuis longtemps. Une règle empirique a été constatée par Jacques Friggit en France : à une augmentation de 1% du parc correspond une baisse de 1 à 2% des prix. Lu isolément, l'effet paraît « modeste ». Mais il est cumulatif : un territoire qui construit à 2 % par an pendant dix ans verrait ses prix baisser de 20 à 40 %, toutes choses égales par ailleurs. Et l'alternative (ne pas construire) ne stabilise pas les prix : elle les fait monter, par la rareté.

Corrélation n'est pas causalité : « on construit beaucoup à Lyon et à Bordeaux, et les prix montent » est un sophisme. Les promoteurs ne construisent pas là où les prix baissent ; ils construisent là où la demande (et les prix) montent. Pour isoler l'effet propre de l'offre, les études économiques comparent des territoires soumis au même choc de demande : à choc égal, les prix montent partout, mais beaucoup plus là où l'offre est contrainte par la réglementation.

Chiffres clés

+1 % du parc → −1 à −2 % des prix (Friggit). À 2 %/an pendant dix ans → −20 à −40%, toutes choses égales par ailleurs.

−22 % : à Austin, 6,1 permis délivrés pour 1 000 habitants (six fois la moyenne américaine) ont fait reculer les loyers de 22 % en trois ans.

~25 % : dans le Sud-Est de l'Angleterre, les prix auraient été environ 25 % plus bas si la réglementation d'urbanisme y avait été aussi souple que dans le Nord-Est du pays (Hilber & Vermeulen).

Références clés

✼ Miet, D., Lévy, J., & Coldefy, J. (2026). Au-delà du malthusianisme urbain, YIMBY : pour une écologie de l'abondance et de l'accueil [droit de réponse]. Fonciers en débat.

✼ Hilber, C. A. L., & Vermeulen, W. (2016). The Impact of Supply Constraints on House Prices in England. The Economic Journal, 126(591), 358-405.

✼ Friggit, J. (2021, mars). L'élasticité du prix des logements par rapport à leur nombre. CGEDD.

✼ Pew Charitable Trusts. (2026, mars). Austin's Surge of New Housing Construction Drove Down Rents.

Pour aller plus loin

✼ Croire que construire plus ne sert à rien

4.2. Un prix élevé peut signaler une qualité de bien, une qualité d'emplacement, mais aussi une pénurie.

Notions clés

Le prix comme signal : un prix élevé dit toujours l'une de deux choses : soit le bien est exceptionnel (rareté intrinsèque : la vue sur la Tour Eiffel ne se multiplie pas), soit il n'y en a pas assez (rareté organisée : celle-là se corrige en produisant). Confondre les deux, c'est prendre la pénurie pour de la qualité, et ainsi renoncer à la corriger.

L'emplacement, vraie composante de la valeur : le camp du non a raison sur un point : l'emplacement vaut, et sa valeur s'envole avec la métropolisation et la littoralisation. Mais la conclusion s'inverse : puisque c'est le lieu qui prévaut, la réponse est d'y loger plus de monde (resserrer les mètres carrés sur les meilleurs emplacements) et non d'y organiser la rareté.

La pénurie est la condition de la spéculation, pas l'inverse : la spéculation, la rétention foncière, la rente ne créent pas la rareté : elles s'en nourrissent. Retenir un terrain ou un logement n'est un pari gagnant que si l'on est certain que l'offre restera bloquée : c'est le numerus clausus réglementaire qui garantit le rendement du spéculateur. Traiter la spéculation sans produire, c'est inverser les causes ; produire, c'est retirer au spéculateur sa garantie.

Chiffres clés

De 1 à 7 : les prix des logements varient du simple au septuple sur le territoire français — de Mirecourt (850 €/m²) à Annecy (6 000 €/m²). C'est le lieu (ses qualités, son urbanité) qui fonde la valeur.

De 1 à 50 : les prix des terrains à bâtir, eux, varient du simple au cinquantuple. L'écart entre les deux ratios (1-7 pour le logement, 1-50 pour le foncier) dit tout : la valeur ne réside pas dans la construction, dont le coût est à peu près uniforme sur le territoire — elle réside dans le droit de construire à cet endroit. Le foncier est le concentré pur de la rareté d'emplacement.

Sous le coût de construction : là où l'offre excède la demande, les prix s'effondrent en dessous du coût même de construction : 850 €/m² à Mirecourt, 1 000 €/m² à Vierzon et à Tulle. Là où ils dépassent 5 000 ou 10 000 €/m², l'offre est systématiquement sous-dimensionnée.

Références clés

✼ Miet, D. (2025, September 18). Trois scénarios pour faire grandir la côte ouest. Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ Si c'est trop cher, c'est : soit exceptionnel, soit qu'il n'y en a pas assez

✼ L'importance de l'emplacement n'est pas nouvelle. Mais elle s'envole

✼ Faire jouer l'emplacement pour resserrer les mètres carrés et faire baisser les prix du logement

✼ Plus construire coûte cher, plus l'emplacement devient la clé du logement abordable

4.3. Les effets en cascade de la construction de logements, même chers, bénéficient à tous les segments d'un marché immobilier.

Notions clés

Chaînes de déménagement (moving chains) : chaque logement neuf ouvre une chaîne : un ménage emménage, libère son ancien logement, qui est occupé par un autre ménage, dont le logement se libère à son tour, et ainsi de suite. Le logement est un marché d'occasion : seule une petite fraction des offres locatives sont du neuf. C'est par le stock libéré que le neuf, même cher, dessert tout le marché, y compris les ménages qui n'achèteront jamais de neuf.

Filtering : le logement cher d'aujourd'hui est le logement abordable de demain. Le parc existant se déprécie relativement à mesure que du neuf plus récent arrive au-dessus de lui, à une condition : que le flux de production ne s'arrête jamais. Couper la production, c'est figer le filtrage : le parc ancien reste cher parce que rien ne pousse au-dessus de lui.

Gentrification : l'inversion de la cause : on accuse le logement neuf de chasser les habitants des quartiers populaires. Les données montrent l'inverse : c'est le manque de logements neufs qui provoque l'éviction. Quand la demande aisée arrive dans un quartier et que rien ne se construit, elle prend les logements existants, en surenchérissant sur leurs occupants. Le neuf absorbe la demande aisée ; son absence la déverse sur le parc ancien.

Chiffres clés

100 → 60 : dans la métropole d'Helsinki, pour 100 logements neufs au prix du marché construits en centre-ville, environ 60 logements se libèrent, par chaînes de déménagement, dans les quartiers de la moitié inférieure de la distribution des revenus, dès les premières années (Bratu, Harjunen & Saarimaa, 2023).

−0,19 % : en Allemagne, une hausse de 1 % de l'offre neuve fait baisser les loyers moyens de 0,19 %, réduit les loyers des logements de moindre qualité, et augmente de façon disproportionnée le nombre de logements d'occasion remis en location (Mense, 2025).

5 à 7 % : aux États-Unis, un grand immeuble neuf dans un quartier à bas revenus fait baisser les loyers alentour de 5 à 7 % par rapport aux quartiers témoins (Asquith, Mast & Reed, 2023).

Références clés

✼ Bratu, C., Harjunen, O., & Saarimaa, T. (2023). JUE Insight: City-wide effects of new housing supply: Evidence from moving chains. Journal of Urban Economics, 133, 103528.

✼ Mense, A. (2025). The Impact of New Housing Supply on the Distribution of Rents. Journal of Political Economy Macroeconomics, 3(1), 1-42.

✼ Asquith, B. J., Mast, E., & Reed, D. (2023). Local Effects of Large New Apartment Buildings in Low-Income Areas. The Review of Economics and Statistics, 105(2), 359-375.

✼ Wiebe, M. (2025). Filtering: How the expensive new homes of today become the affordable homes of tomorrow. Building Abundance.

✼ Wiebe, M. (2026). Gentrification and displacement: New housing enables rich people to move in without displacing the poor. Building Abundance.

Pour aller plus loin

✼ Croire que construire plus ne sert à rien

✼ Les effets positifs en cascade d'un choc de l'offre en logements

4.4. Le déni de pénurie et le scepticisme à l'égard de l'offre.

Notions clés

Déni de pénurie : une première posture, qui consiste à nier qu'il manque des logements, et substituer à la pénurie des causes morales : la spéculation, la financiarisation, Airbnb, les logements vacants. Ces phénomènes existent ; ils prospèrent précisément sur la rareté (voir 4.2). Les traiter sans produire, c'est soigner la fièvre en cassant le thermomètre.

Scepticisme de l'offre (« supply skepticism ») : seconde posture, plus subtile, qui consiste à admettre la pénurie, mais douter que construire y change quoi que ce soit. « Le neuf est trop cher pour aider », « ça ne profitera qu'aux riches », « ça va gentrifier ». Chacune de ces objections a désormais sa réfutation empirique (4.1 à 4.3). Le scepticisme survit parce qu'il est confortable : il permet de reconnaître le problème tout en s'opposant à sa solution.

Une exception cognitive propre au logement : le public comprend parfaitement la loi de l'offre et de la demande sur les autres marchés. C'est sur le seul logement que l'intuition se brouille : la hausse des prix y est spontanément attribuée à la malveillance (promoteurs, spéculateurs, plateformes) plutôt qu'à la rareté.

Chiffres clés

30 à 40 % seulement des répondants croient que construire plus fait baisser prix et loyers — alors que les mêmes répondants donnent la bonne réponse à la même question posée sur le blé, les voitures ou le marché du travail (Nall, Elmendorf & Oklobdzija, enquêtes nationales américaines, 2 500 à 3 000 adultes).

Références clés

✼ Demsas, J. (2022). Housing Breaks People's Brains. The Atlantic.

✼ Nall, C., Elmendorf, C. S., & Oklobdzija, S. (2024). Folk Economics and the Persistence of Political Opposition to New Housing.

Pour aller plus loin

✼ Quand on nie la pénurie, on fabrique la crise

✼ Du déni de pénurie, au scepticisme à l'égard de l'offre

5. « Il nous faut mieux répartir les emplois et la population en France, donc il ne faut pas construire ici, mais ailleurs, c'est-à-dire au final, construire moins ici. » = FAUX

Ce raisonnement séduit parce qu'il ne s'oppose à rien ni personne, et ne fait que déplacer virtuellement un problème mal posé. Derrière la générosité apparente du « rééquilibrage » se cache une triple erreur : la concentration des emplois a des raisons économiques puissantes (5.1), la concentration des populations exprime des désirs légitimes (5.2), et cette double concentration est un atout climatique, pas une menace (5.3). Quant à la demande, aucun décret ne la redistribue (5.4).

5.1. L'emploi contemporain est concentré spatialement car nous changeons de job de plus en plus souvent.

Notions clés

L'épaisseur du marché du travail (« thick labor market ») : un siècle de recherche économique, de Marshall (1920) à Diamond (prix Nobel, 1982), jusqu'à Moretti & Yi (2024), a établi la solidité de ce mécanisme : plus un marché du travail compte d'employeurs et de travailleurs, plus l'appariement entre compétences et postes est fin, rapide et durable. La grande ville agit comme une assurance contre la perte d'emploi.

La loi du turnover : « La taille de la ville dans laquelle vous avez besoin de vivre est grossièrement proportionnelle au nombre de fois où vous changerez d'emploi » (Miet, Les Echos, 2026). Avec un nouvel emploi tous les quatre ans, et deux carrières spécialisées par couple, s'installer dans une agglomération de 10 000 ou 20 000 habitants est devenu impossible — sauf à déménager sans cesse.

Le paradoxe sondage/comportement : 84 % des Français déclarent préférer les villes moyennes aux métropoles (IFOP/Villes de France, 2020). Pourtant, les flux migratoires et les prix montrent l'inverse. Ce que l'on décide en déménageant engage son emploi, celui de son conjoint, la sécurité économique de sa famille.

Chiffres clés

1 jeune sur 4 : un quart des jeunes entrés sur le marché du travail en 2017 avaient déjà quitté leur CDI trois ans plus tard, contre 17 % pour la génération 2010 (Céreq, 2026). Et 41 % des jeunes diplômés ne font plus du CDI une priorité (baromètre EDHEC–JobTeaser, février 2026).

640 contre 9 : dans un rayon de 32 km, un travailleur d'un marché « épais » a accès en médiane à 640 entreprises de son secteur ; dans un marché « fin », à 9 — soixante-dix fois moins d'employeurs potentiels le jour où son entreprise ferme (Moretti & Yi, 2024).

+19 % de salaire, −25 points de déménagement : après la fermeture de son entreprise, un travailleur qualifié en marché épais a +10,7 points de probabilité de retrouver un emploi en 12 mois, récupère un salaire supérieur de 19 % un an après, et a 25 points de risque en moins de devoir déménager (Moretti & Yi, 2024).

37 % des emplois sur 7 % du territoire : les territoires les plus recherchés de France concentrent plus d'un tiers des emplois, et 49 % de la croissance démographique (Villes Vivantes, d'après INSEE et DVF).

Références clés

✼ Miet, D. (2026, juillet). Plus nous changeons d'emploi, plus nous avons besoin de grandes villes. Les Echos.

✼ Moretti, E., & Yi, M. (2024). Size Matters: Matching Externalities and the Advantages of Large Labor Markets. NBER Working Paper n°32250.

✼ Timbeau, X. (2024, January 19). Modéliser l'accessibilité aux emplois. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes.

✼ Merlin, F. (2026, mars). Ruptures choisies, ruptures subies : le CDI à l'épreuve des secteurs en début de carrière. Céreq Bref, n°482.

Pour aller plus loin

✼ Pourquoi les jeunes actifs s'installent en métropole (alors qu'ils rêvent de villes moyennes)

✼ Le prix de l'accès aux emplois

5.2. La concentration spatiale est aussi hédoniste.

Notions clés

L'héliotropisme, tendance de fond : depuis un demi-siècle, les Français migrent vers le soleil, la mer et les aménités : littoral atlantique et méditerranéen, Sud-Ouest, vallées alpines. Ce mouvement a survécu à toutes les crises. Le télétravail n'a pas dispersé la demande : il l'a libérée vers les territoires désirés, en découplant partiellement le lieu de vie du lieu d'emploi.

Les aménités se capitalisent dans les prix : le climat, le paysage, l'accès à la mer, la qualité urbaine se paient, et leur valeur s'incorpore aux prix immobiliers. Une carte des prix est une carte des désirs révélés : les Français votent avec leurs déménagements et leurs euros.

Le vieillissement amplifie la géographie du désir : les retraités, libérés de la contrainte d'emploi, choisissent leur lieu de vie sur les seules aménités : et ils sont chaque année plus nombreux. La demande hédoniste n'est pas une mode post-Covid : c'est une lame de fond démographique.

On ne débat pas avec une carte de désirs : vouloir « répartir la population » pour éviter de construire dans les lieux qui concentrent les désirs, c'est demander aux Français de désirer autre chose que ce qu'ils désirent. Or la liberté d'installation est un droit que chacun exerce selon ses moyens.

Chiffres clés

4 fois plus vite : les départements de la côte ouest connaissent une croissance démographique (2016-2022) quatre fois supérieure au reste de la France : 0,8 %/an contre 0,2 %/an (Pouvreau, Organic Cities II, 2025).

105 km : un quart des personnes qui changent de commune parcourent désormais plus de 105 km, contre 88 km avant la crise sanitaire (INSEE, Insee Première n°2073).

+0,5 %/an : la Bretagne, l'Occitanie et la Nouvelle-Aquitaine gagnent chacune plus de 5 habitants pour 1 000 résidents par an du seul fait des mobilités résidentielles internes (INSEE, Insee Première n°2073).

Références clés

✼ Miet, D. (2025, September 18). Trois scénarios pour faire grandir la côte ouest. Organic Cities II, Rennes.

✼ Pouvreau, L. (2025, September 18). La Côte Ouest française face à son potentiel démographique. Organic Cities II, Rennes.

✼ Brutel, C. (2025). Les mobilités résidentielles en France. Insee Première, n°2073.

Pour aller plus loin

✼ Le chemin du désir français

✼ On va manquer de logements… dans un pays où la population ne croît presque plus

5.3. La concentration spatiale est un atout pour décarboner nos modes de vie.

Notions clés

Disperser, c'est motoriser : la dispersion territoriale allonge mécaniquement les distances du quotidien et impose la voiture. À l'inverse, la concentration raccourcit les trajets, rentabilise les transports en commun, rend le vélo et la marche possibles.

Accueillir au centre, le levier climatique dormant : chaque ménage logé au cœur d'une agglomération plutôt qu'en périphérie lointaine, c'est un différentiel d'émissions acquis pour des décennies, sans effort quotidien ni technologie nouvelle (voir Partie 3).

Chiffres clés

De 3,4 à 14,7 t CO2/an de mobilité pour un même ménage de quatre personnes, selon sa commune de résidence (SCoT La Rochelle Aunis).

Références clés

✼ Miet, D. (2024, January 19). Devrions-nous rénover tous les bâtiments bien que certains soient éloignés des centres urbains ou construire plus de logements neufs au cœur des agglomérations ? Organic Cities, Paris.

Pour aller plus loin

✼ Pourquoi la dispersion territoriale sabote notre politique climatique

5.4. On ne peut pas redistribuer la demande par décret mais on peut, en revanche, épaissir nos métropoles de second rang.

Notions clés

Le fantasme de la redistribution territoriale : le « il faut construire ailleurs » suppose qu'une autorité puisse diriger les flux : décider où les ménages s'installeront, où les entreprises embaucheront. Ce deus ex machina n'existe pas, et il serait incompatible avec la liberté d'installation.

« Ailleurs » est un refus déguisé : dans la bouche du camp du non, « construire ailleurs » ne désigne jamais un lieu : c'est un opérateur de report. La conclusion pratique du raisonnement est toujours « construire moins ici », là où les besoins sont les plus criants.

Épaissir les métropoles de second rang : la question posée aux aménageurs n'est pas de « rééquilibrer » les territoires contre le mouvement réel de concentration, mais de doter Lyon, Bordeaux, Nantes, Rennes, Toulouse, Montpellier… d'une épaisseur suffisante pour qu'elles offrent, elles aussi, l'assurance-emploi et la liberté économiques.

Références clés

✼ Miet, D., Lévy, J., & Coldefy, J. (2026). Au-delà du malthusianisme urbain, YIMBY. Fonciers en débat.

✼ Miet, D. (2026, juillet). Plus nous changeons d'emploi, plus nous avons besoin de grandes villes. Les Echos.

6. « Il faut planter plus, donc il faut construire moins. » = FAUX

Ce raisonnement repose sur une équivalence fausse : plus de bâti = moins de végétal. Elle paraît évidente mais elle est démentie par l'observation : le couvert végétal d'une ville ne dépend pas de la surface libre, mais de ce que les urbains font de ces espaces libres.

6.1. La ville dense et compacte n'est pas incompatible avec l'augmentation du couvert végétal.

Notions clés

Densité et couvert végétal sont deux variables indépendantes : la première mesure les logements à l'hectare, le second la surface de canopée et de plantations. Densifier n'impose pas de déplanter : on plante les rues, les cours, les limites, les toits, les murs.

L'arbre urbain s'accommode de la densité : ce qui décide de la croissance d'un arbre, ce n'est pas la densité du quartier, c'est son accès à l'eau et le soin qu'on lui porte jusqu'à maturité.

Le bâti protège l'arbre : l'ombre projetée par les bâtiments abaisse le rayonnement qui assèche l'arbre et ménage sa réserve d'eau. La ville compacte peut prolonger sa résistance en période de sécheresse.

Chiffres clés

Plus dense ET plus vert, sur 20 ans : au Danemark, entre 1995 et 2016, les tissus résidentiels ont simultanément gagné en densité de population et en couverture végétale. Le verdissement a été le plus fort dans les trois grandes villes qui ont le plus densifié (Copenhague, Aarhus, Odense).

6 646 arbres, 11 ans, aucun effet de la densité : à Melbourne, le suivi de 6 646 arbres de trois essences indigènes, de 2009 à 2020, conclut que la densité et la forme urbaine ont très peu d'impact sur la croissance des arbres. Le facteur déterminant est l'accès à l'eau, pas la densité.

−55 à −66% de transpiration à l'ombre : à Berlin, le suivi de tilleuls de rue montre qu'aux heures où le bâti les ombrage, leur transpiration baisse de 55 à 66% (Tams et al., 2024).

70 à 80% : la part du rafraîchissement diurne sous un arbre qui provient de l'ombre projetée, et non de l'évapotranspiration (revue systématique Knight et al., 2021).

Références clés

✼ Samuelsson, K., et al. (2021). Residential environments across Denmark have become both denser and greener over 20 years. Environmental Research Letters, 16.

✼ Ren, X., Torquato, P. R., & Arndt, S. K. (2023). Urban density does not impact tree growth and canopy cover in native species in Melbourne, Australia. Urban Forestry & Urban Greening, 81, 127860.

Pour aller plus loin

✼ Bâtir ou planter : le faux dilemme

✼ Danemark : augmenter simultanément la densité urbaine et la part du végétal en ville

✼ La densité urbaine impacte peu la croissance des arbres

6.2. C'est le jardinier qui fait la part de végétal, pas les grands espaces libres.

Notions clés

La taille de la parcelle ne prédit pas sa richesse végétale — le jardinier, oui : on trouve partout des parcelles très bâties et très plantées, et de grands terrains peu construits mais couverts de pelouse rase. Ce sont les usages et le soin des occupants qui comptent.

Diviser les jardins multiplie les jardiniers : le grand jardin peu dense est massivement dédié à la pelouse : pauvre en biodiversité, faible en rafraîchissement. Le réduire, c'est l'adapter à la capacité de son jardinier, qui y déploie une végétation dense et stratifiée.

Une main-d'œuvre gratuite pour la nature en ville : des milliers de particuliers entretenant leur parcelle, c'est une force considérable qui ne pèse pas sur les budgets publics.

Références clés

✼ Hanss, T., & Miet, D. (2024). Épargner et partager : les deux clés qui peuvent faire de la densification douce un outil au service du renforcement de la biodiversité. Organic Cities.

Pour aller plus loin

✼ Densifier et jardiner

✼ Des parcelles à la fois très bâties et très plantées, ça existe ?

6.3. La ville dense et compacte peut être mise au service des plantations.

Notions clés

L'arbre a besoin d'ombre, comme nous : le bâti qui entoure l'arbre projette une ombre qui abaisse le rayonnement reçu, ménage sa réserve d'eau et repousse son stress hydrique. En zone dense, le bâti pose le socle de confort thermique, l'arbre l'amplifie.

La densité n'assoiffe pas l'arbre — l'aménagement, oui : ce qui prive l'arbre d'eau n'est pas la compacité du quartier, mais le scellement du sol sous son houppier. Et la ville dense offre un levier que le lotissement n'a pas : ses vastes surfaces imperméables voisines peuvent être branchées sur la fosse de l'arbre pour l'abreuver.

Le bâti, support et abri du vivant : le mur stocke la chaleur qui protège les végétaux du froid, il supporte la grimpante et son écosystème ; la cour close crée un microclimat protégé. Le giardino pantesco fait vivre l'agrume grâce au bâti, pas malgré lui.

Chiffres clés

4× / 10× / 19× : les arbres d'alignement sont quatre fois plus efficaces que les toitures réfléchissantes, dix fois plus que les toitures végétalisées, dix-neuf fois plus que les revêtements de sol clairs (Jiang et al., PNAS, 2025).

−89 % de stress hydrique : raccorder à la fosse d'un jeune tilleul de rue une surface imperméable environ trois fois plus grande supprime jusqu'à 89 % des épisodes de stress hydrique sévère (Tams et al., Berlin, 2024).

76 % des espèces d'arbres urbains à risque en 2050 : sur 3 129 espèces évaluées dans 164 villes, plus des trois quarts seront exposées à un risque thermique d'ici 2050 (Esperon-Rodriguez et al., Nature Climate Change, 2022).

Références clés

✼ Jiang, T., et al. (2025). Prioritizing Urban Heat Adaptation Infrastructure Based on Multiple Outcomes. PNAS, 122(19).

✼ Tams, L., Paton, E., & Kluge, B. (2024). Urban Tree Drought Stress. Science of the Total Environment, 957, 177221.

✼ Esperon-Rodriguez, M., et al. (2022). Climate Change Increases Global Risk to Urban Forests. Nature Climate Change, 12(10), 950-955.

Pour aller plus loin

✼ Nous plantons des arbres pour nous faire de l'ombre, mais ils en ont besoin autant que nous

✼ La ville dense condamne-t-elle vraiment l'arbre à souffrir de la soif ?

✼ Le giardino pantesco : quand le bâti rend la vie possible

✼ Entre le mur et la plante grimpante, tout un écosystème à portée de main

7. « Il faut en priorité rénover plus vite le parc existant et mobiliser les logements vacants, donc il faut construire moins. » = FAUX

Rénover le parc existant est utile, et personne ne le conteste. La question n'est pas faut-il rénover (la réponse est oui, dans certains cas) mais rénover dispense-t-il de construire ? Sur ce point précis, la rénovation ne peut pas répondre seule au besoin de logements. Pour trois raisons : rénover n'augmente pas le nombre de logements (7.1), la vacance mobilisable est limitée (7.2), et le parc à rénover ne se trouve pas là où le besoin se concentre (7.3).

7.1. Rénover améliore le parc, sans en augmenter le nombre.

Notions clés

Rénover transforme, construire ajoute : rénover porte sur un logement qui existe déjà. L'opération est nécessaire, mais elle laisse le nombre de logements inchangé. Construire, à l'inverse, augmente le stock. Deux gestes de nature différente, qui répondent à deux besoins différents : la qualité du parc pour l'un, sa quantité pour l'autre.

Le besoin de logements est en grande partie un besoin net : chaque année, des ménages supplémentaires apparaissent du fait de la décohabitation, des séparations, du vieillissement (Partie 1.1). Ces ménages nouveaux ont besoin de logements supplémentaires, que seule la production nette peut fournir.

Entre rénover et construire, tout un gradient d'intensification : reconfigurer, surélever, étendre, subdiviser le bâti existant crée des logements supplémentaires à partir du parc en place, sans étalement. Ce n'est plus de la simple rénovation, c'est de la densification douce (Partie 2).

Rénovation et construction ne s'opposent pas, elles s'additionnent : puisque l'une traite la qualité et l'autre la quantité, les opposer revient à choisir entre soigner et accueillir. Une politique du logement complète fait les deux.

Pour aller plus loin

✼ On va manquer de logements… dans un pays où la population ne croît presque plus

✼ Une OPAH peut-elle aider des jeunes à s'installer et rénover sur le territoire ?

✼ Il vaut mieux densifier que rénover

7.2. Mobiliser la vacance peut aider, mais c'est très loin de suffire.

Notions clés

La vacance affichée n'est pas un stock disponible : les 3,1 millions de logements « vacants » recensés mélangent des réalités sans rapport. Une large part est frictionnelle ou en travaux, en indivision, trop dégradée pour être habitée. Le stock réellement mobilisable est bien plus mince que le total brandi.

Le gisement mobilisable est là où la demande n'est pas : la vacance durable se concentre dans les territoires en déprise, ceux que les ménages quittent. Là où la demande explose, le moindre logement habitable est déjà capté. La géographie de la vacance mobilisable est l'inverse de celle du besoin.

La vacance est nécessaire : un marché sans aucune vacance est un marché où l'on se bat pour chaque logement, où les loyers s'envolent, où l'on ne peut plus déménager pour changer d'emploi. La vacance frictionnelle est la marge qui rend un marché fluide et abordable.

Chiffres clés

3,1 millions de « vacants », soit 8,2 % du parc : le chiffre brandi pour dire « on a déjà tout ce qu'il faut ». Mais il est majoritairement composé de vacance frictionnelle et de vacance de déprise ; le stock mobilisable là où la demande existe en est une petite fraction (INSEE).

Pour aller plus loin

✼ Des outils pour résorber la vacance du parc de logements

✼ L'outil de repérage Zéro Logement Vacant

✼ Lutter à l'extrême contre la vacance des logements, est-ce lutter contre les loyers abordables ?

✼ Mobiliser les logements vacants pour répondre aux besoins en logements ?

✼ Vacance de rêve à Paris

✼ Les opérations BIMBY au service de l'habitat ancien : densifier et rénover

8. « Il faut sauver les sols et la biodiversité, donc il faut construire moins. » = FAUX

Sauver les sols et la biodiversité est un objectif juste, que nous partageons entièrement. Ce raisonnement confond deux échelles : ce qu'on croit épargner en ne construisant pas ici se paie par une destruction ailleurs, à la lisière des villes, sur des sols naturels et agricoles irremplaçables.

8.1. Les enjeux de biodiversité et de sols se jouent d'abord hors de la ville.

Notions clés

La nature irremplaçable n'est pas en ville : les sols jamais artificialisés, les prairies, les forêts, les milieux intacts abritent des espèces menacées qui ne trouveront jamais leur place en ville. C'est elle que menace directement chaque hectare consommé par l'étalement.

Ne pas combattre la densité, mais l'étalement : nous n'avons que deux options pour loger ceux qui ne trouvent plus à se loger. L'une consiste à densifier la ville existante, l'autre à l'étaler sur les champs, les forêts et les espaces naturels. Refuser la première option, c'est choisir la seconde par défaut.

Chiffres clés

637 espèces végétales sauvages à Paris : la ville la plus dense d'Europe héberge 637 espèces de flore spontanée : la preuve vivante qu'une ville très dense peut accueillir une biodiversité riche (Machon et al., 2025).

La moitié de la flore d'Île-de-France sur une fraction du territoire : la richesse écologique d'un territoire ne dépend pas de sa surface brute, mais de l'hétérogénéité et de la gestion des milieux (Machon et al., 2025).

Références clés

✼ Machon, N., et al. (dir.). (2025). Écologie urbaine : connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville. Éditions Quæ.

Pour aller plus loin

✼ Protéger la nature en ville, ou protéger la nature de la ville ?

✼ Faut-il protéger la nature en ville au point de sacrifier celle autour ?

✼ Comment la densification douce des tissus bâtis existants peut nous aider à préserver les terres naturelles

8.2. Refuser de construire ici, c'est artificialiser ailleurs.

Notions clés

L'effet de report, comme pour le carbone : quand un PLU refuse de densifier, la demande de logement ne s'évapore pas : elle se déplace vers la périphérie, où elle consomme des terres agricoles et naturelles, à une échelle sans commune mesure avec la terre « sauvée » en ville.

L'heuristique du visible : nous protégeons ce que nous voyons. Le jardin du voisin fait partie de notre cadre de vie quotidien ; le champ transformé en lotissement à cinquante kilomètres n'est le cadre de vie de personne. Et c'est ce champ, dont la dégradation est irréversible, qui paie le prix du refus de densifier.

Tous les sols ne se valent pas : sacraliser indistinctement le sol — donner à un jardin pavillonnaire le même statut qu'à une prairie naturelle — rend tout arbitrage impossible.

Chiffres clés

64 % de la consommation d'espaces naturels et agricoles sert à construire des logements : c'est l'habitat, et sa forme étalée, qui dévore les sols en premier lieu (Cerema, données 2009-2023).

58 % de cette artificialisation a lieu en zone détendue : là précisément où se trouvent l'essentiel des terres agricoles, et là où l'on construit faute d'avoir densifié les territoires demandés (Cerema, 2026).

Cleveland : 1 400 hectares « rendus à la nature »… et 80 000 habitants partis : cette nature retrouvée est le produit d'un effondrement démographique. Les 80 000 habitants partis sont allés se loger ailleurs, en consommant des sols (Machon et al., 2025).

Références clés

✼ Cadot, R., & Di Salvo, M. (2026). L'Observatoire national de l'artificialisation des sols. Annales des Mines — Responsabilité & Environnement, n°122.

✼ Hanss, T. (2026). Préserver les sols en ville, c'est délocaliser la destruction des sols là où ils comptent vraiment. Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ Sobriété immobilière ici, gaspillage foncier là-bas ?

✼ Cleveland : 1 400 hectares rendus à la nature. Combien de perdus ailleurs ?

✼ Silos + loupes + œillères : le trio gagnant de l'erreur urbanistique

8.3. Figer la ville au nom du vivant appauvrit le vivant.

Notions clés

Un jardin sous cloche n'est pas un jardin vivant : geler le tissu urbain, c'est l'empêcher de vivre et de s'adapter. Un jardin n'est vivant que s'il est entretenu par quelqu'un qui en a le temps et la capacité. Sanctuariser la parcelle sans se demander qui la jardine, c'est protéger un contenant en laissant mourir le contenu.

Le jardin qui dépasse son jardinier se minéralise : l'occupant type d'une maison individuelle a 60 ans, et les quartiers pavillonnaires vieillissent en bloc. Quand la taille du jardin dépasse les capacités de son jardinier, la pelouse rase s'impose, quand ce n'est pas le gazon synthétique qui prend le relais.

La densification douce remet le jardin à l'échelle de son jardinier : diviser une grande parcelle, c'est confier chaque morceau à un ménage capable de l'entretenir. Deux jardins à taille humaine peuvent être cultivés par deux fois plus de jardiniers.

Chiffres clés

+12% en un an : la France est devenue le 3e marché européen du gazon synthétique, en croissance de 12 % en 2024, dont 80 % des ventes aux particuliers (Leroy Merlin Source, 2026).

+16 °C, et un sol mort : le gazon synthétique atteint 16 °C de plus que le gazon naturel en été, relâche des microplastiques et des PFAS, et stérilise le sol (ECHA ; Université de Stockholm, 2022).

60 ans : l'âge moyen de l'occupant principal d'une maison individuelle ; et les quartiers pavillonnaires vieillissent en bloc, sans renouvellement de leurs jardiniers là où le tissu est figé (Leroy Merlin Source, 2026).

Références clés

✼ Leroy Merlin Source. (2026). Composer avec le vivant : pratiques du jardin dans le pavillonnaire périurbain.

✼ Hanss, T. (2026). +12 % en un an : ce que le boom du gazon synthétique dit (vraiment) de nos jardins. Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ L'arbre (et le paysagiste) qui cache la pelouse

✼ Faut-il figer le tissu urbain au nom du vivant ?

✼ La mise sous cloche du tissu pavillonnaire n'est pas soutenable

8.4. Densifier est notre meilleur levier pour les sols et la biodiversité : land sparing et land sharing.

Notions clés

Deux stratégies que l'écologie oppose, la densification douce les réconcilie : la densification douce fait les deux à la fois : elle concentre l'habitat, ce qui épargne les sols naturels et agricoles du dehors (sparing) ; et elle multiplie les jardiniers, ce qui enrichit le vivant du dedans (sharing).

Le petit jardin est un meilleur levier écologique que le grand : diviser, c'est activer trois moteurs : l'appropriation, la diversité des jardiniers, et l'effet mosaïque (la juxtaposition de jardins gérés diversement crée l'hétérogénéité d'habitats dont dépend la biodiversité).

Reconnaître la nature de la ville : la ville n'est pas un milieu appauvri à défendre, c'est un milieu à part entière. Murs et façades sont des falaises pour la flore et la faune rupestres ; les jardins forment une mosaïque comparable à une lisière forestière.

Chiffres clés

86 % de pelouse : dans les grands jardins pavillonnaires, la pelouse (milieu quasi monospécifique) occupe l'écrasante majorité de la surface (Hanson et al., 2021).

Biodiversité ×7 en 3 ans : sur une parcelle de 250 m² confiée à un jardinier engagé, le nombre d'espèces observées a été multiplié par sept (Mata et al., 2023).

300 kg sur 50 m² : c'est la production annuelle d'un potager intensif urbain ; la productivité écologique et nourricière par mètre carré croît quand la parcelle rétrécit et que le soin se concentre (Chauffrey, 2023).

Références clés

✼ Hanss, T., & Miet, D. (2024). Épargner et partager : les deux clés qui peuvent faire de la densification douce un outil au service du renforcement de la biodiversité [méta-analyse]. Organic Cities.

✼ Machon, N., et al. (dir.). (2025). Écologie urbaine : connaissances, enjeux et défis de la biodiversité en ville. Éditions Quæ.

Pour aller plus loin

✼ Densification douce et biodiversité : pourquoi le « petit » jardin est un meilleur levier de transition ?

✼ Sols fertiles : protéger les jardins ou accueillir des jardiniers ?

✼ Le moteur sous-estimé de la biodiversité urbaine : la diversité des habitants

✼ Quand la ville invente ses écosystèmes

9. « Il faut rafraîchir les villes, donc il faut construire moins. » = FAUX

Rafraîchir les villes est un impératif, et l'urgence est réelle. Lors des épisodes caniculaires longs et intenses, la protection des personnes repose d'abord sur le rafraîchissement actif, c'est-à-dire la climatisation. Mais sur l'essentiel des périodes chaudes, la morphologie urbaine et les plantations peuvent apporter une part significative du confort quotidien. Et c'est là que l'équation du camp du non, « dense et minéral = chaud VS vert = frais », se révèle fausse à deux titres.

9.1. Le confort d'été vient de l'ombre, et l'ombre vient d'abord du bâti.

Notions clés

Ce qui rafraîchit un corps, c'est l'ombre, pas la température de l'air : sous une canicule, ce qui accable le passant est le rayonnement direct du soleil. Se mettre à l'ombre change tout, même si la température de l'air bouge à peine. Or l'ombre n'est pas le monopole de l'arbre : une rue étroite, une cour profonde, un porche, des arcades, en projettent autant.

L'arbre-climatiseur est un raccourci trompeur : l'image de l'arbre « climatiseur naturel » repose sur l'évapotranspiration. Mais ce mécanisme ne joue qu'à la marge, et seulement quand l'arbre est bien alimenté en eau. L'essentiel du rafraîchissement ressenti sous un arbre vient de son ombre, pas de sa transpiration.

Le mythe photogénique coûte cher : « un arbre vaut cinq climatiseurs » fait un bon reportage, pas une bonne politique. Des villes plantent des arbres au milieu d'esplanades dégagées, en plein soleil, sur sol imperméable, où ils meurent de soif en quelques étés, sans avoir rafraîchi personne.

Chiffres clés

70 à 80 % : la part du rafraîchissement ressenti sous un arbre qui provient de son ombre, et non de son évapotranspiration (méta-analyse Knight et al., 2021).

−0,76 °C : l'effet moyen réel des arbres urbains sur la température de l'air — soit quarante fois moins que les « −30 °C » brandis dans les reportages, qui mesurent une température de surface au sol (Knight et al., 2021).

58 °C au sol, 27 °C sous l'arbre… dans une rue déjà à l'ombre des bâtiments : l'ombre créditée à l'arbre est en réalité celle de la forme urbaine.

Références clés

✼ Knight, T., Price, S., Bowler, D., et al. (2021). How effective is urban greening at reducing land surface and air temperatures? Environmental Research Letters, 16(3), 033002.

✼ Hanss, T. (2026). On nous montre l'arbre. C'est l'ombre qu'il fallait regarder. Villes Vivantes.

Pour aller plus loin

✼ L'arbre en ville n'est pas un climatiseur miracle : 7 idées reçues à revisiter

✼ 1 arbre = 5 climatiseurs : le calcul est juste, la conclusion est fausse

✼ Création d'îlots de fraîcheur : pourquoi nous ne devrions pas opposer le végétal et le minéral

9.2. Le quartier dense et compact est une climatisation passive.

Notions clés

La forme bâtie dense rafraîchit, et on le sait depuis des siècles : rues étroites, cours profondes, forte inertie des murs épais, les tissus urbains des climats chauds ont développé, bien avant toute climatisation, une architecture du rafraîchissement. La cour intérieure agit comme un puits de fraîcheur : elle piège l'air frais nocturne, s'ombrage elle-même une grande partie de la journée, et favorise la ventilation par convection.

Plus le climat est chaud, plus le bâti doit être dense et compact : si la densité réchauffait, les villes des régions torrides seraient les plus aérées. C'est le contraire : plus les étés sont sévères, plus les centres anciens multiplient les cours étroites et compactes.

La densité surpasse la végétalisation sur le rafraîchissement de l'air : le rafraîchissement passif obtenu par la forme bâtie dense dépasse, en intensité, celui qu'apporte la végétalisation urbaine.

Chiffres clés

6,8 à 14,3 °C de moins dans une cour, quand l'air extérieur dépasse 40 °C : à Cordoue et Séville, le dispositif de la cour intérieure réduit la température de l'air de 6,8 à 14,3 °C lors des pics de chaleur, très au-delà des 3 à 5 °C qu'apporte la végétalisation urbaine selon l'ADEME.

82% contre 41% : à Cordoue (étés torrides), 82 % des 4 524 parcelles analysées possèdent une cour ; à Saint-Jacques-de-Compostelle (étés doux), seulement 41% (Rojas-Fernández et al., 2017).

6,7 °C d'écart mesuré : à Cordoue, un relevé enregistre 38 °C sur le toit contre 31,3 °C dans la cour à 15h, parce que le bâti ombrage 85% de la surface de la cour à midi (Rojas-Fernández et al., 2017).

Références clés

✼ Rojas-Fernández, J., et al. (2017). Correlations between GIS-Based Urban Building Densification Analysis and Climate Guidelines for Mediterranean Courtyards. Sustainability, 9(12), 2255.

✼ Galán-Marín, C., et al. (2021). Enhancing Urban Microclimates Towards Climate-Resilient Cities: The Potential of Courtyards.

Pour aller plus loin

✼ Bologne, ou quand le quartier le plus dense, minéral et sans verdure est le plus frais de la ville

✼ De l'Andalousie à Kyoto : quand la densité bâtie est une réponse au climat

✼ Du nord au sud de l'Espagne : quand la morphologie des cours intérieures s'adapte au climat

9.3. Nos outils mesurent ce qui ne compte pas, et condamnent la densité à tort.

Notions clés

L'îlot de chaleur urbain mesure l'air, pas le corps : l'ICU compare la température de l'air d'un quartier à celle de la campagne. Or ce n'est pas l'air qui accable le passant en canicule, c'est le rayonnement solaire reçu par son corps. L'ICU est aveugle à l'ombre : un quartier compact, largement ombragé par sa propre forme, apparaît « rouge » à l'ICU alors qu'il offre au piéton un confort réel bien supérieur.

Le sophisme de McNamara : on mesure ce qui est facile à mesurer (la part de minéral, de végétal, d'eau au sol) et l'on décrète que le reste ne compte pas. L'ADEME elle-même avertit que ces mesures ne donnent qu'une vision « très partielle » et exposent à « de fausses conclusions ».

Chiffres clés

+2,5 °C la nuit à l'ICU, mais aucune heure de stress thermique sévère le jour : à Saint-Denis de La Réunion, le quartier compact affiche jusqu'à 2,5°C de plus que la campagne la nuit mais ne franchit à aucun moment le seuil de stress thermique très fort (Lefevre et al., 2026).

50-70 % de confort en ville compacte, moins de 25 % en pavillonnaire : à Aix-la-Chapelle, la simulation montre qu'en journée, le centre-ville compact conserve 50 à 70% de confort thermique, le pavillonnaire tombe sous 25% (Abdeyazdan & Santucci, 2026).

Bologne, « ville la plus meurtrière d'Europe en canicule »… et quartier dense le plus frais : la contradiction oppose une lecture par l'ICU (l'air, la nuit) à une lecture par le confort réel (l'ombre, le jour). Elle illustre exactement le piège de l'indicateur.

Références clés

✼ Lefevre, A., et al. (2026). Outdoor Thermal Comfort versus Urban Heat Island Intensity. Urban Climate, 67, 102913.

✼ Abdeyazdan, S., & Santucci, M. F. (2026). Introducing the T-MCCR Index for Evaluating Urban Thermal Comfort Across Morphologies Under Climate Change. Urban Science, 10(3), 123.

✼ ADEME. (2024). Diagnostic de la surchauffe urbaine — Méthodes et retours d'expérience.

Pour aller plus loin

✼ Îlot de chaleur urbain : une lecture de la ville qui masque l'effet protecteur de la densité

✼ Le sophisme de McNamara appliqué à la surchauffe urbaine

✼ Bologne, ville la plus meurtrière d'Europe en canicule ?

← FRENCH WEST COAST
À propos →